dimanche 28 février 2010

La Comédie du Langage de Jean TARDIEU

" Quel apaisement de se dire qu'aucun de nos gestes, aucune de nos paroles ne nous appartient jamais. Aussitôt dit, aussitôt fait, tout s'éloigne de nous ... que dis-je : tout s'éloignait ! Si nous parlions toujours ainsi, nous serions d'avance disparus, nous effacerions toutes nos traces au fur et à mesure de nos pas ... "
(Les Temps du verbe)

Rafafa et moi avons été tellement enchantées de notre lecture commune lecture_commune de La Triple Mort du Client de Tardieu que nous avons décidé de récidiver avec La Comédie du Langage qui figure dans le même volume chez Folio !

jpg_langage_rentree_sitePuisque j'ai déjà montré la couverture du livre la dernière fois, j'ai choisi pour aujourd'hui une jolie affiche réalisée par le Théâtre des Damiers.
La Comédie du langage est un ensemble de 9 pièces dont 7 sont courtes voire très courtes. Elles sont à la fois très variées, par exemple par leur tonalité, et complémentaires en ce qu'elles interrogent de manière originale notre rapport au langage. La force principale de cet ensemble est sa faculté à transporter le lecteur / spectateur dans un univers fantaisiste alors même que son thème principal est ce dont nous usons avec (trop de) banalité tous les jours : les mots. J'ai choisi de ne pas évoquer toutes les pièces pour éviter d'en dresser un catalogue ; je n'ai donc retenu que les 3 pièces qui m'ont vraiment marquée.

Le recueil s'ouvre sur une pièce que j'ai vu jouer sur scène par de très jeunes comédiens, ce qui est une réelle prouesse : Un Mot pour un autre. C'est une pièce étonnante, cocasse, je dirais presque merveilleuse au sens littéraire du terme car les personnages prononcent des phrases qui n'ont aucun sens et pourtant, justement, ces phrases elles-mêmes mises bout à bout font sens par un procédé "magique" qui repose sur la phonétique, la musique des mots, le contexte. En lisant cette pièce, j'ai pensé à "l'inquiétante étrangeté" dont parlait Freud, cette impression d'être en présence de quelque chose d'étrange qu'on reconnaît pourtant. Très troublant !

Dès la troisième pièce, Les Mots inutiles, le comique se fait grinçant : Monsieur et Madame Pèrémère (quelle trouvaille que ce nom !) reçoivent celui qu'ils pensent être le prétendant de leur fille et ils ne vont se forger une idée sur lui qu'à partir de ce qu'il dira, ou plutôt ce qu'ils croient qu'il dit. Comme dans la première pièce, les mots ne sont pas toujours à leur place dans le discours mais, cette fois, au lieu de faire sens malgré tout, ils laissent libre cours à l'interprétation car ils restent en permanence dans l'alternative. Les parents de Dora vont donc systématiquement entendre ce qu'ils veulent, pas forcément ce qui est. Cette pièce renvoie le lecteur/spectateur à sa propre capacité d'écoute des autres ainsi qu'à sa manière de porter un jugement souvent péremptoire sur autrui ...

Enfin, après plusieurs courtes pièces comiques, Les Temps du verbe ou Le Pouvoir de la parole surprend, à tel point que j'en ai été toute retournée ! C'est la sixième pièce du recueil mais la première à mettre en scène des personnages individualisés par des noms et des caractères propres. C'est aussi la première longue pièce et c'est à mon sens, surtout, la plus dramatique. Une jeune fille, Anna, s'occupe de son oncle, Robert, qui est dans un état apathique et qui ne s'exprime qu'au passé même lorsqu'il évoque l'instant présent car pour lui dès lors que les choses sont, elles sont déjà finies. Cette approche du langage le maintient dans une a-temporalité permanente qui lui permet de faire vivre son propre passé, bouleversé par la mort de sa femme et de ses enfants. Anna lutte pour faire revenir son oncle vers un présent dont celui-ci ne veut pas. J'ai trouvé cette pièce particulièrement émouvante. Elle est à la fois très onirique (le lecteur / spectateur partage notamment les hallucinations auditives de Robert) et vraiment troublante tant elle pose la question philosophique de l'inhérente inexistence du présent.

Malgré deux pièces qui m'ont moins plu (Conversation-Sinfonietta et Une Soirée en Provence), j'ai cette fois encore été ravie par ma lecture des pièces de Tardieu !
Allons vite lire ce que Rafafa en a pensé !

vendredi 26 février 2010

24 heures dans la vie d'une femme de Stefan ZWEIG

"Pour quelqu'un qui comme moi avait, la nuit passée, vécu des événements si inattendus, précipités comme une cataracte, le mot "impossible" avait perdu brusquement son sens. Dans ces dix heures, l'expérience que j'avais acquise de la réalité était infiniment plus grande que celle que m'avait procurée précédemment quarante ans de vie respectable."

Ce mois-ci, ma participation au défi defi_classiqueest l'occasion d'une lecture commune lecture_commune avec MarieL, l'organisatrice elle-même de ce chouette défi. 24heures dans la vie d'une femme de Stefan ZWEIG figurant par ailleurs dans ma PAL, celle-ci descend d'un cran par la même occasion objectif_PAL 3/50.

24hviedunefemme1904, dans une pension de la Riviera. La clientèle bourgeoise, habituellement si mesurée, qui séjourne là est en prise à de vives discussions : Madame Henriette, femme pourtant bien née, s'est enfuie avec un jeune homme qui n'a passé là qu'une journée ! Alors que les pensionnaires sont scandalisés, une vieille dame anglaise, Mrs C. s'intéresse de près à cette aventure et finit par confier au narrateur qu'elle lui rappelle de biens vieux souvenirs ... Vingt ans plus tôt, récemment veuve, elle s'était rendue à Monte-Carlo où elle aimait observer les mains des joueurs. Un soir, elle est fascinée par de magnifiques mains et découvre un beau jeune homme qui semble désespéré d'avoir perdu tout son argent au jeu. Persuadée qu'il est au bord du suicide, elle se prend d'affection pour lui et décide de l'aider, toute remuée de sentir battre son cœur pour la première fois depuis la mort de son mari ...

Même si je n'ai pas été captivée par ce court récit un peu désuet, je ne suis pas restée insensible aux vives émotions éprouvées par cette femme, que ce soit lors de la rencontre de ce joueur désespéré ou, des années plus tard, confiant son secret à un inconnu en craignant toujours le jugement des autres. zweigJ'ai aimé la peinture des sentiments mais aussi les descriptions, notamment celle des mains des joueurs du casino. La plume de Zweig, ciselée, précise, tendue vers une issue que le lecteur est pressé de découvrir fait tout le charme de ce récit. L'enchâssement, enfin, qui place en miroir la fuite amoureuse de Madame Henriette et l'escapade de Mrs C vingt ans plus tôt, ouvre vers l'a-temporel, l'universel ; la passion amoureuse conduit les femmes vers la liberté, quelle que soit la pression sociale qui pèse sur leurs épaules.
Allez vite lire le billet de MarieL !

Un récit qui donne des ailes

jeudi 25 février 2010

Boîte à déj # 18 ou le bentô méli-mélo

Non non, je ne me nourris pas d'amour, d'eau fraiche et de littérature ces temps-ci, quoique ... ! Je n'ai pas non plus oublié que ce blog est de lecture mais aussi de cuisine ... mais voilà la faute aux travaux qui transforment notre cuisine en vaste dépotoir, la faute aux microbes qui nous ont cueillies pile la veille de la reprise, la faute à la reprise, tiens, pendant que j'y suis, la faute à pas envie aussi, bref, je ne cuisine guère en ce moment mais ça va revenir !! D'ailleurs, mon billet "le panier du mois de février" n'attend que d'être mis en forme puis mis en ligne mais ne le sera sans doute qu'en mars, la faute à ce drôle de mois qui se rend intéressant en étant plus court que les autres. Bref, puisqu'il faut bien manger un peu, quand même, voici mon bentô de la semaine, un bentô méli-mélo, à l'image de nos repas depuis cette fichue reprise, pas du tout du tout équilibré mais coloré

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Pour l'occasion, j'ai choisi d'utiliser le grand bentô offert par Capp'. J'y ai mis, pêle-mêle donc, et de gauche à droite :
* une tartelette aux pomme maison, coupée en deux pour que ça rentre (et les deux moitiés superposées)
* en jaune et orange : des carottes juste cuites à l'eau
* une pile de mini gâteaux souriants (et diantre que ça fait du bien de voir des sourires en ce moment, fut-ce sur des biscuits !!)
* 6 boulettes de riz à la pomme
* dans le petit récipient : deux oranges sanguines coupées en tranches

Bon, croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer (bouhhh), je vais me ressaisir et tenter de faire à nouveau de jolis et surtout équilibrés bentôs. Et puis, de la vraie cuisine aussi, pourquoi pas ...
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mercredi 24 février 2010

Le Treizième Conte de Diane SETTERFIELD

"Les mots ont un étrange pouvoir. Entre des mains expertes, manipulés avec adresse, ils vous retiennent prisonnier. S'enroulent autour de vos membres comme une toile d'araignée, et quand vous êtes ensorcelé au point de ne plus pouvoir faire un geste, ils vous transpercent la peau, s'infiltrent dans votre sang, paralysent vos pensées. Au-dedans de vous, ils accomplissent leur magie."

Voici un roman qui m'a résisté la première fois que je l'ai ouvert et je me demande bien pourquoi car cette fois je l'ai littéralement dévoré !

13__conteQuand Vida Winter engage une biographe pour lui raconter sa vie, c'est un véritable événement. Aussi célèbre pour son œuvre littéraire que pour le mystère dont elle a entouré son existence, la vieille dame ouvre une boîte de Pandore en revenant sur son passé : une maison de maître isolée, une étrange famille dans laquelle les liens du sang sont entachés de folie, deux petites jumelles aussi identiques que singulières ... autant d'ombres du passé qui s'animent grâce au récit de Vida.
Margaret, la biographe, aura à démêler la vérité du mensonge, ou plutôt à remettre les pièces du puzzle dans le bon ordre afin de percer les secrets de l'incendie de la maison, du bébé abandonné, de ce treizième conte absent du recueil dont le titre l'annonce pourtant ... sans oublier le mystère de cet enfant fantôme qui rôde et en réveille un autre !

Enigmatique, captivant, ce roman plonge le lecteur dans les brumes du Yorkshire mais aussi dans celles qui entourent les secrets de famille. setterfield Je me suis laissée emporter par les récits de la vieille dame et j'ai partagé les interrogations de sa biographe. Cela faisait un petit moment que je n'avais lu de roman britannique et j'ai eu plaisir à en retrouver le style si caractéristique. J'ai seulement regretté que le roman se concentre sur l'enfance de son héroïne, négligeant la femme et l'écrivain qu'elle est devenue, mais pour cela il aurait peut-être fallu un second volume !

lecture_commune
Le Treizième Conte de Diane Setterfield a été l'occasion d'une lecture commune avec Dolly, Stephie, Hathaway, L'Or des chambres et Theoma. Allons vite lire leurs avis !



objectif_PAL Ce roman figurait dans ma PAL qui se sent un tout petit peu plus légère aujourd'hui ! 2/50



dimanche 21 février 2010

Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec de TARDI

En ramenant mes livres à la bibliothèque l'autre jour, je n'avais pas le temps de fouiner dans les rayonnages alors j'ai embarqué deux volumes des Aventures Extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec qui venaient d'être rendus par un autre lecteur et n'étaient pas encore rangés. J'avais gardé un souvenir mitigé d'Adèle et la Bête alors j'étais curieuse de lire ces deux volumes qui sont les deuxième et troisième de la série.

DemoTourDans Le Démon de la Tour Eiffel, j'ai d'abord eu plaisir à retrouver les illustrations qui dépeignent minutieusement le Paris des années 10. Autant, je n'aime pas particulièrement le graphisme des personnages autant j'adore celui des lieux et des décors. Comme dans le premier volume, Adèle est aux prises avec l'étrange apparition d'un monstre : une statuette assyrienne du démon Pazuzu a été dérobée et tandis que le lieutenant Flageolet enquête pour la retrouver, Adèle assiste à la représentation d'une pièce qui justement rend hommage à cette effrayante divinité. Or, à la fin de la pièce, l'acteur principal est assassiné sur scène par une comédienne qui disparaît ...
L'histoire est complexe, comme l'était celle d'Adèle et la bête. En effet, plusieurs intrigues s'entremêlent : des gens disparaissent mystérieusement du Pont-Neuf, la peste menace Paris, le démon Pazuzu rôde, un célèbre acteur est assassiné ... Adèle enquête de son côté au péril de sa vie puisqu'elle réchappe d'un attentat puis sera kidnappée par les adeptes d'une secte qui veulent l'offrir en sacrifice ... (pas moins !). Les rebondissements sont nombreux et j'ai particulièrement aimé la petite balade dans les canaux sous Paris (très similaire d'ailleurs à la virée de Sherlock et de Watson dans les canaux sous les ponts de la Tamise, dans le dernier Guy Richie !!).
C'est donc une lecture agréable qui m'a donné envie d'enchaîner immédiatement avec Le Savant Fou ...

les_aventures_d_adele_blanc_sec___le_savant_fouCette fois encore, une étrange créature issue de la Préhistoire reprend vie et Adèle échappe plusieurs fois à la mort, mais ce sont bien là les seules ressemblances intéressantes entre ce troisième volume et les précédents. L'intrigue m'a semblé simpliste voire indigente, je me suis même demandé en refermant le volume s'il ne manquait pas des pages ! Certains passages sont caricaturaux comme celui du drôle d'engin qui poursuit les personnages, tout droit sorti de Star Wars ou le machiavélisme d'un savant fou, bien mieux dépeint dans nombre d'œuvres littéraires.

Bref, les albums de Tardi se suivent mais ne se ressemblent pas et mon sentiment sur cette série reste donc mitigé !


vendredi 19 février 2010

Chère Madame ma grand-mère d'Elisabeth BRAMI

"Chère Olivia,
Décidément, j'ai du mal à comprendre ce qui me pousse sans cesse à vous lire et à vous écrire. Peut-être que ma solitude me pèse autant que la vôtre."

chere_madame Olivia a 12 ans lorsqu'elle décide d'écrire à une inconnue dont elle a trouvé l'adresse en fouillant dans les affaires de sa mère. Malgré un refus assez cassant de se livrer à ce petit jeu, la jeune fille s'obstine et un échange se noue entre les deux correspondantes qui ont chacune des révélations à faire à l'autre ...

Chère Madame ma grand-mère écrit par Elisabeth Brami et illustré par Carole Gourrat, est ma troisième lecture de la sélection des Incorruptibles pour les niveaux CM2/6è inco_0910 et c'est le premier livre qui me laisse sur ma faim. Il aborde pourtant un thème qui m'est cher, celui des secrets de famille, et j'ai aimé la polyphonie créée par cet échange de lettres puisqu'on lit dans l'ordre chronologique les missives d'Olivia puis les réponses qu'elle reçoit, ce qui laisse entendre deux voix bien différentes. J'ai également apprécié la lente évolution des rapports entre les deux personnages et cette rencontre entre le désir d'une enfant et la peur d'une vieille dame.
Malheureusement, rien de tout cela ne m'a semblé abouti et même si la fin quelque peu abrupte du roman peut se justifier, j'ai regretté que les émotions des personnages, leurs doutes, ne soient pas plus développés. Je me demande même si ce bref roman épistolaire ne conviendrait pas mieux à des lecteurs de 8 ou 9 ans qu'à des plus grands ...

jeudi 18 février 2010

Taguée ... ou taclée ?

Maazz m'a taguée ! C'est de bonne guerre puisque je la tague souvent mais là, j'avoue qu'en découvrant le défi à relever j'ai un peu blêmi car ce blog n'est pas destiné à trop en révéler de ma famille ni de mon intimité. Or ce tag demande qu'on publie la dixième photo du dixième dossier Images ... Hum, comment dire ? J'ai tout de suite pensé aux moyens de contourner l'obstacle si ladite photo n'était pas montrable et comme mes dossiers Images sont éparpillés à 4 endroits de mes deux ordis, je me suis sentie quelque peu rassurée :-)
Finalement, je n'aurai pas besoin de ruser car la dixième photo du dixième dossier Images à l'emplacement que j'utilise le plus s'est révélée être un joli montage fait par une amie l'été dernier. Certes, on y voit mes filles, La Marmitonne / Demoiselle et la Mini Rikiki mais comme vous les avez déjà vues à l'occasion de nos ateliers de cuisine, ça reste publiable :


J'aime d'autant plus ce montage qu'il me transporte immédiatement chez les amies chez qui ces photos ont été prises, amies auprès desquelles il fait doux être et le seul fait de penser à elles, à leur petite fille, à leur grande maison, à leurs sourires me réchauffe le coeur. Finalement, c'est un tag qui fait du bien !

Puisque je ne peux pas taguer Maazz cette fois-ci :-), eh bien je désigne ... tadam ... Olives, qui ne publie pas assez sur son blog ces temps-ci ! Toutefois tous ceux qu passeraient par là et qui se sentiraient frustrés de ne pas avoir été désignés sont bien sûr libres de reprendre eux aussi ce tag !