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lundi 29 mars 2010

Les Taiseux de Jean-Louis EZINE


"Je ne me suis pas toujours appelé du nom que je porte, et c'est comme si j'avais vécu une autre fois. C'est comme si j'avais été un autre. Mais de cet autre, je n'ai aucun souvenir. Rien qui puisse se dire tel, plutôt les ombres floues des réminiscences où s'évanouissent, aux limites de la mémoire, les ultimes rayons d'un monde éteint. J'étais trop jeune pour les souvenirs, quand j'ai cessé d'être lui. Et cependant il a toujours occupé ma pensée, toute ma pensée. Il ne m'arrive rien d'important, ou de misérable, ou de triste ou d'heureux que je n'aie le sentiment étrange de recevoir par délégation. Nous sommes pourtant très différents, lui et moi. Pour commencer, lui avait un père, tandis que moi, je n'ai eu que le manque."


Jean-Louis Ezine, c'est d'abord pour moi une voix, ou plutôt un ton, celui d'un membre du Masque et La Plume, émission que j'ai découverte à la fin de mon adolescence, il y a donc pas mal d'années ! Je ne me souviens pas s'il y participait déjà à cette époque-là mais quand je vois son nom, j'entends aussitôt cette voix vive et ce ton définitif qui accompagnent ses critiques littéraires de digressions pleines d'auto-dérision sur Pontault-Combault ... Ainsi, quand j'ai lu ce nom au-dessus d'un titre aussi beau qu'énigmatique, quand en lisant la quatrième de couverture j'ai vu qu'il y était question de quête du père, j'ai su que ce récit me plairait et je ne me suis pas trompée. Dorénavant, le nom d'Ezine ne sera plus seulement associé à cette voix sortant de mon poste de radio, il sera également pour moi celui d'un écrivain de 60 ans gardant en lui la fragilité de l'enfant qui cherche un petit garçon qu'il a été mais qui a disparu de sa mémoire.

les_taiseux_09Les Taiseux est le récit en trois volets d'une quête.
Dans la première partie, le petit Jean-Louis, qui souffre de vivre avec cet Ezine, beau-père violent dont il porte le nom, essaye de percer le secret qui entoure son origine. Sa mère, bien que malade, cultive à la fois le secret et la complicité avec l'enfant en semant des indices tel un petit Poucet qui craindrait, un jour, de ne plus se souvenir elle-même. L'imaginaire de l'enfant se heurte à ces maigres reliefs d'une réalité qui lui échappe sans cesse, alors même que parfois il passe juste à côté.
Dans la deuxième partie, la mère mais aussi l'enfance disparues, la quête se mue en enquête qui finit par porter ses fruits mais aboutit à un résultat aussi décevant car trop tardif qu'étonnant car ce n'est pas une mais deux familles que découvre le jeune Jean-Louis. Dès lors, l'auteur s'attache à tenter non plus de découvrir l'identité de ce père mais la personnalité, la vie de cet homme singulier. A la fin de cette partie ainsi que dans la troisième, c'est à toute une généalogie qu'Ezine va s'intéresser, découvrant la récurrence étrange dans sa lignée du mystère des origines.

Ce triptyque est éminemment touchant : l'écriture, superbe, poétique, saisit le lecteur dès l'incipit que j'ai cité en exergue et l'invite à accompagner le petit Jean-Louis dans sa recherche de l'enfant ayant un père qu'il a été durant ses toutes premières années. Au récit autobiographique se mêle une réflexion sur le secret de famille, sur l'importance de l'origine, sur le mystère et ses implications. EZINE_Jean_Louis_11
Bien qu'ayant eu un peu de mal à me repérer parmi les personnages dans la troisième partie, j'ai été très émue par ce récit et j'ai ressenti la fébrilité de l'enfant découvrant derrière son rideau une relique déposée là par sa mère et racontant son père ; j'ai partagé l'impatience mêlée d'inquiétude de l'homme allant sonner chez une inconnue partageant avec lui une partie de ses gênes ; j'ai été saisie comme lui par cette frappante répétition d'un même mystère par-delà les générations.

C'est un livre qui se lit lentement car il se savoure. J'ai parfois relu des pages entières, juste pour le plaisir de laisser cette écriture prendre toute son ampleur. Je relirai sans doute la troisième partie car je crois que des choses m'ont échappé, je relirai aussi la première rien que pour sa beauté. Et j'ai envie de laisser les derniers mots à l'auteur :

"Les feux follets sont peut-être les secrets de famille qui brûlent."

objectif_PAL 5/50

vendredi 15 janvier 2010

Un pas en avant, deux pas en arrière

Aïe aïe aïe ! Moi qui étais toute fière d'avoir baissé ma PAL d'un livre depuis le début de l'année, et qui suis sur le point d'en finir un deuxième, voilà que j'ai fauté ! Quelle idée aussi d'entrer dans une librairie après une bien longue semaine et une journée difficile ! Certes, j'avais un bon alibi puisque je cherchais un livre dont j'ai besoin pour mon travail mais dès que j'ai vu qu'il n'était pas dans les rayons, j'aurais dû fuir et, au lieu de cela, j'ai laissé traîner mes yeux sur les couvertures et les titres, puis mes mains ont tourné et retourné des livres, puis ... je n'ai plus pu résister à tant de tentations ! J'ai bien cherché à faire preuve de sagesse en reposant in extremis le volume de pièces de Tardieu que j'avais pris mais je dois confesser que je suis ressortie avec ...

mourlevat1mourlevat2bessonpeixoto

Ce n'est tout de même pas ma faute si La Rivière à l'envers de Mourlevat (lu car emprunté il y a quelques années et que je veux absolument relire) compte deux volumes ; ce n'est pas non plus de ma faute si hier soir j'ai lu chez Christine un article sur La Trahison de Thomas Spencer qui m'a terriblement donné envie de le lire et que du coup je suis tombée sur Un Garçon d'Italie du même Besson qui m'a fait de l'œil ; ce n'est enfin vraiment pas de ma faute si le roman de Peixoto dont je n'avais jamais entendu parler a un si beau titre et une couverture si attrayante.

Sur le chemin du retour, mon petit sac pesait quand même un peu lourd sur ma conscience et je suis rentrée en faisant le dos rond ... mais que c'est bon, la honte !!

samedi 2 janvier 2010

L'Echappée Belle d'Anna GAVALDA

"Ce que nous vivions là, et nous en étions conscients tous les quatre, c'était un peu de rab. Un sursis, une parenthèse, un moment de grâce. Quelques heures volées aux autres ... Pendant combien de temps aurions-nous l'énergie de nous arracher ainsi du quotidien pour faire le mur ?"


objectif_PAL Voici l'un des livres offerts par le Père Noël qui lit parfaitement dans les pensées puisque je l'avais repéré en librairie ! Il fait, enfin faisait, de ce fait partie de ma PAL qui, du coup, baisse d'un cran !






Anna_Gavalda_lechappee_belleLa narratrice, Garance, son frère Simon et sa sœur Lola vont rejoindre leur famille pour assister au mariage de leur cousin. Lorsqu'ils constatent l'absence de leur frère Vincent, ils décident de se faire la belle pour aller le rejoindre dans le château dont il s'occupe, s'offrant ainsi une parenthèse dans leurs vies pas toujours idéales, plantant là les râleurs et les bien pensants. Une fois réunie, la fratrie reforme avec nostalgie le petit cocon de l'enfance et s'offre quelques heures de légèreté, d'émotions aussi, de rires bien sûr, une sorte de respiration en somme.

gavaldaLa lecture de ce court roman est plaisante, parfois drôle, le titre promet du rêve, le nom de l'auteur est en principe un gage de moment agréable, l'énigme de ces cornets de riz qui décorent la couverture est bien levée dans le roman mais voilà je n'ai pas été emportée par ces lignes comme je l'espérais ... Moi qui suis friande des histoires de fratrie, à aucun moment je n'ai eu envie de faire partie de celle-ci que j'ai trouvée trop caricaturale, un peu trop bobo, j'oserais même un peu trop condescendante en ce qui concerne la narratrice (les portraits des provinciaux sont presque vexants !). Pourtant, au moment où les 3 personnages prennent la décision de courir la campagne, j'y ai cru mais c'est vite retombé, malheureusement. Certains passages m'ont même semblé grotesques comme l'épisode du chien ... J'étais pourtant toute prête à me laisser porter par ce vent de liberté, mais la magie n'a pas opéré et j'en suis toute déçue !

L'escapade d'une fratrie, devenue adulte

lundi 28 décembre 2009

Le Voyageur sans bagage de Jean ANOUILH

"Voyez-vous, pour un homme sans mémoire, un passé tout entier, c'est trop lourd à endosser en une seule fois."

Le choix du titre qui constitue ma première participation au défi defi_classiqueorganisé par Marie L m'a été soufflé par Rafafa : en effet sa note sur cette pièce de théâtre m'a rappelé que ce livre était dans ma PAL depuis très longtemps car j'avais adoré l'adaptation télévisée qui en a été proposée par Pierre Boutron en 2004 avec Jacques Gamblin dans le rôle titre mire_voyageur. J'ai donc fait d'une pierre deux coups en remplissant également mon objectif_PAL quelque peu délaissé ces derniers temps.

le_voyageur_sans_bagage_couvLe Voyageur sans bagage est une pièce de théâtre écrite par Jean Anouilh en 1936. En 5 tableaux, Anouilh dresse le portrait d'un homme que la grande guerre a rendu amnésique et qu'en l'absence d'identité on a baptisé Gaston. L'homme est réclamé par plusieurs familles qui croient avoir reconnu en lui un fils, un frère, un mari disparu ... mais aussi parfois appâtées par la petite richesse constituée par une pension qui lui est versée chaque mois. Gaston est ainsi présenté à la famille Renaud qui tente par tous les moyens de lui faire recouvrer la mémoire mais qui lui présente de lui le portrait d'un enfant puis d'une jeune homme si détestable, qu'il préfère nier être celui que cette famille attend et finir par s'en choisir une autre.

Cette pièce est aussi émouvante que troublante. En effet, au début, on éprouve forcément autant d'empathie pour cet homme devenu sans passé que pour cette famille si impatiente de anouilhretrouver celui qui lui manque. Cependant, plus la pièce avance, plus les caractères se révèlent, plus on s'identifie à cet homme qui refuse de reconnaître celui qu'il a été, qui refuse de reprendre sa place au sein de cette bourgeoisie hypocrite et qui préfère la fuite, faisant ainsi de l'amnésie, et si l'on pousse le raisonnement un peu plus loin, de la Grande Guerre, la chance de toute une vie : celle de renaître, celle de devenir un homme neuf.

J'aime lire et surtout voir jouer du théâtre mais pour la première fois j'ai regretté le choix de ce genre littéraire : je trouve que ce sujet se prêterait mieux à l'écriture romanesque car le lecteur reste un peu sur sa faim, les émotions des personnages étant, de fait, à peine esquissées, leurs pensées ne pouvant qu'être imaginées. J'ai toutefois beaucoup aimé cette lecture qui invite à s'interroger sur le poids du passé, sur celui de la famille, mais avant tout sur ce qui constitue une identité.

L'histoire d'un homme qui, à force de courir après son passé, préfère le dépasser ...

dimanche 4 octobre 2009

Les Contes de crimes de Pierre DUBOIS

"Il était une fois, au temps où les princes n'épousaient plus les bergères mais se pacsaient aux bergers, un enfant qui naquit si laid, si contrefait que le Dr C. Perrault - de grand renom -, craignant de ternir sa réputation, préféra nier sa présence à l'accouchement."

A la mi-août, Antigone a lancé une judicieuse opération, l'Objectif PAL objectif_PAL qui vise à faire baisser cette dernière plutôt qu'à la faire dangereusement ressembler à la tour de Pise. J'ai aussitôt souscrit à cette idée excellente et surtout de bon sens mais ce n'est qu'un gros mois plus tard que je peux me flatter d'avoir fait le premier pas en dévorant ces Contes des crimes de Pierre Dubois.

les_contes_de_crimesLe jeu de mots qui forme le titre de ce recueil donne le ton : Pierre Dubois s'est amusé à réécrire à sa manière, fort truculente, des contes merveilleux. Cendrillon, la Belle au Bois Dormant, Peter Pan, Blanche-Neige, Riquet à la Houppe et d'autres tombent le masque pour entraîner le lecteur dans des contes tantôt macabres, tantôt grivois, toujours loufoques voire carrément déjantés.
Pierre Dubois, qui sur cette photo a des airs d'Agrid facétieux, se plaît à choisir un vocabulaire un brin désuet qui plante un décor précieux et coquin à la fois. pierre_dubois
Les réécritures des contes de notre enfance sont nombreuses mais celles-ci ont ce petit quelque chose qui donne envie d'y revenir et qui marque les esprits.
On rit, on se laisse surprendre, on s'abandonne au plaisir d'être parfois un peu choqué (pauvre Cendrillon ... !) et on sort de cette lecture presque requinqué !

Des réécritures désopilantes de contes merveilleux - à réserver aux adultes !