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mardi 26 avril 2011

Le grain de sel des Demoiselles # 30

C'est la saison des vide-greniers ! Dimanche, nous sommes allées dans un village voisin  pour flâner entre les stands sans rien chercher de particulier et, alors que nous étions en train de faire la morale à notre grande Demoiselle en lui expliquant que non, nous n'achèterions rien de rien,  nous sommes tombées sur deux très beaux albums à 1 euro chacun. Hum ... Je n'ai pas résisté et j'ai bien fait car j'ai eu un grand grand coup de cœur pour celui-ci :

Les Douze Manteaux de Maman de Marie Sellier et Nathalie Novi (éd Le Baron Perché) est un livre tout en hauteur ce qui laisse une grande place aux illustrations qui occupent chaque page de droite. Le texte quant à lui est concentré sur le bas gauche de la page de gauche. Cette disposition est au service de la poésie de cet album. Les Douze Manteaux de Maman ne raconte pas vraiment d'histoire : un petit garçon énumère les manteaux que revêt sa maman selon l'émotion ou le sentiment qu'elle éprouve, à divers moments de la journée. 
Nous nous y sommes reconnues et nos Demoiselles aussi, ce qui a facilité leur compréhension de cet album. Quelle jolie manière d'aborder la difficile question des émotions et de ce que les autres comprennent / ressentent de nos attitudes ! 
Les illustrations sont à la fois douces et pleines de fantaisie 
 
(le "manteau de rose poudrée")

 
(le"manteau de feu")

 
(le "manteau mille pages")

et les textes, disposés comme des vers libres, traduisent joliment, avec les mots de l'enfant, ce qu'il comprend des humeurs de sa maman
 

mercredi 30 mars 2011

Bulle et plumes ou Le Grain de sel des Demoiselles # 27

Lundi, j'ai profité d'une dernière formation à Amiens pour rater mon train, flâner un peu en me laissant porter par le flot des citadins et caresser par un doux soleil. Ca m'a fait du bien ! J'en ai aussi profité pour fureter dans une vraie librairie (dommage que celle que je préfère soit fermée ce jour-là) et j'ai pris le temps de choisir un livre correspondant parfaitement à ce qu'est chacune de mes Demoiselles en ce moment. Depuis lundi soir, ces deux albums remportent un vrai succès, j'en suis ravie !
Depuis peu, ma grande Demoiselle s'intéresse aux oiseaux : elle les observe, demande leurs noms. Lundi matin, justement, sur le chemin de l'école elle me racontait que durant la nuit un oiseau était venu lui parler à l'oreille (oui, elle vit dans un monde ... parallèle :-)). J'avais donc envie de lui offrir un album qui parle d'oiseau et j'ai trouvé mon son notre bonheur !

Aurore de Binette Schroeder (éditions NordSud) est une merveille ! Il y est question d'une petite fille qui vit avec sa tante dans une maison installée dans des arbres. Une nuit, pendant que sa tante dort, Aurore parcourt la prairie et rencontre ... un oeuf au long nez pointu qui s'appelle Timothé. Timothé prend peur en voyant "une vraie personne en personne " et il fuit, fuit, s'accroche à une branche, en perd son chapeau, une chaussure et manque de tomber quand la branche cède. Aurore le rattrape au vol et tous deux deviennent amis. A la nuit tombée, la petite fille doit rentrer, ce qui inquiète Timothé car il craint les Oiseaux d'éclairs mangeurs d'oeufs qui rôdent la nuit. Quand un violent orage éclate, la petite fille se précipite pour porter secours à son ami. Mais au petit matin, Aurore découvre que l'oeuf est cassé ... Paniquée à l'idée que Timothé a été dévoré par les Oiseaux d'éclair, elle pleure, pleure, jusqu'à ce qu'une petite voix lui demande si elle veut toujours jouer avec lui. Aurore découvre alors que son ami est devenu un magnifique oiseau très coloré. 
Outre l'histoire qui fait ressentir de nombreuses émotions, l'atmosphère nocturne est magique et inquiétante. Cet album est une merveille car ses illustrations sont à la fois poétiques et saisissantes, le texte se chante presque naturellement à certaines pages tant il est beau, voyez plutôt :





Nous avons toutes les quatre un grand grand coup de cœur pour cet album !

samedi 8 janvier 2011

Les arbres pleurent aussi d'Irène COHEN-JANCA et Maurizio A.C. QUARELLO

Tout est beau dans cet album : le titre, les illustrations, les pages crème comme surannées, le texte, simple et puissant. 

Le vieux marronnier souffre d'une maladie qui le voue à une mort certaine. Il a alors à cœur de raconter ce qu'il a vu depuis sa cour au 263 canal de l'Empereur, à Amsterdam, juste en face du bâtiment où Anne Franck et sa famille se sont cachées durant la Seconde Guerre Mondiale. Son récit est parfois entrecoupé des extraits du Journal d'Anne Franck dans lesquels elle décrit les saisons qui passent sur le marronnier.  

Irène Cohen-Janca a écrit un récit qui est poignant tout en étant très sobre. Point de pathos excessif mais une tristesse pudique car le vieil arbre, témoin immobile et muet, est le symbole même de l'impuissance.
Les illustrations de Maurizio A.C. Quarello s'accordent harmonieusement avec le texte d'Irène Cohen-Janca. En effet, les dessins, au crayon, sont tout en nuances de gris et traduisent ainsi la profonde tristesse de l'arbre ainsi que la fatalité qui pèse sur les êtres. En même temps, sur chaque illustration, un élément est souligné par une mise en couleur. Textes et images suggèrent, plus qu'ils ne disent. C'est superbe et émouvant. 

 

 Par sa retenue, cet album s'adresse à un public de jeunes collégiens et constitue une bonne première approche de cette période douloureuse de l'Histoire.
Les adultes seront touchés par cet album pudique mais qui assume sa volonté de poursuivre un combat qui est loin d'être terminé : en effet, Les Arbres pleurent aussi est dédié à Ilan Halimi.
C'est un beau coup de cœur pour moi.

dimanche 30 mai 2010

Un Garçon d'Italie de Philipe BESSON

"Dans l'enfance, je pouvais passer des heures au milieu de [l']atelier [de mon grand-père], à seulement le regarder sculpter la matière, tenter de la dompter, lui donner une forme humaine. J'étais impressionné par ça, cette humanité qui surgissait peu à peu de la masse informe. Et voilà qu'aujourd'hui c'est l'humanité, la mienne, qui s'en retourne à la terre, voilà que c'est mon visage qui s'imprime dans la boue, qui s'enfonce, qui perd sa consistance."

Voilà un roman qui ne pouvait que me faire sortir de ma retraite, j'allais écrire de ma cachette et c'est presque cela. Je n'avais plus envie de bloguer, de parler, et c'est un livre qui me tire de cette léthargie. Ce n'est même plus coup_de_coeur_Eloah, c'est un enchantement, c'est un livre devenu essentiel, qui ne me quittera plus. Je ne pouvais ainsi qu'avoir envie d'en parler ici !


Un_garcon_dItalie_2Le roman s'ouvre sur un court compte-rendu de type journalistique qui annonce la mort de Luca Salieri, retrouvé noyé dans l'Arno, deux jours après que sa compagne Anna a signalé sa disparition.
Dès la page suivante, Luca, pourtant décédé, se fait narrateur , se raconte mort ...  et la magie opère. Les voix de Luca, d'Anna mais aussi d'un troisième narrateur que l'on n'attendait pas, Léo, l'amant caché de Luca, vont alterner, murée chacune dans sa solitude, celle du mort, celles de ceux qui restent sans comprendre. Ces trois monologues se croisent, se superposent, élaborent un récit puissant, émouvant, poignant.
Une enquête policière, menée pour comprendre cette étrange mort, fait le lien entre ces voix et, surtout, va bouleverser les êtres en portant à la connaissance d'Anna ce qu'elle aurait dû continuer à ignorer.
 Malgré cet étrange dispositif qui donne la parole à un homme mis en terre, Un garçon d'Italie n'a rien de fantastique ; le roman s'apparente davantage à une tragédie classique en peignant des destins qui, en toute connaissance de cause, vont inéluctablement vers leur fin, en faisant se croiser des solitudes qui ne peuvent rien les unes pour les autres.
C'est le troisième roman de Philippe Besson que je lis et vous trouverez ici mon billet sur Son frère, là celui sur En l'absence des hommes. J'avais déjà aimé ces deux romans et j'avais hâte de retrouver la plume de cet auteur. Dans Un Garçon d'Italie, j'ai trouvé le style de Besson  plus musical encore, chaque narrateur se racontant sur une mélodie qui lui est propre, les trois ensemble dessinant la partition d'un requiem, doux et inexorable. besson On retrouve ici les thèmes chers à Besson, notamment celui de l'amour homosexuel, plus troublant, plus beau encore que dans les autres romans que j'ai lus. Les motifs de la perte, de l'absence sont également essentiels et traités ici avec une force et des mots qui remuent.

vendredi 14 mai 2010

Le grain de sel des petites Demoiselles # 17


Depuis le début de la semaine, nous lisons et re-lisons les albums achetés lors du salon du livre qui vient de se tenir dans notre ville (clic !) et j'ai un grand coup de cœur coups_de_coeur_eloah pour l'un d'entre eux, Demba et le Faiseur de Rêves écrit par Anne Ferrier et illustré par Justine Brax. L'auteur a eu la gentillesse de dédicacer l'album pour ma grande Demoiselle :


1118_demba_et_le_faiseur_de_reves_zoomQuand le vieux baobab, devenu dangereux, est coupé, les villageois sombrent dans la tristesse et les mésententes entre eux se multiplient. Alors que certains accusent la sècheresse d'être responsable de ces maux, un vieux Sage les expliquent par le départ du Faiseur de Rêves qui s'était installé sous le baobab et qui est parti lorsque l'arbre a été coupé. Même si personne au village ne croit à cette légende, il demande à son petit-fils, Demba, de partir à la recherche du Faiseur de Rêves et il lui recommande d'aller chercher de l'aide auprès de la vieille Marima. Bien qu'effrayé, l'enfant part seul pour ce long voyage au cours duquel il croisera plusieurs personnages qui tous lui raconteront leur histoire ...

Ce très beau récit initiatique fait bien entendu penser à un conte africain. Le merveilleux vient au secours de la réalité et des rencontres les plus simples (une vieille femme, un lézard ...) naissent des histoires fabuleuses. 
Complexe, ce récit est encore un peu difficile pour ma Demoiselle de 4 ans et demi mais après plusieurs lectures certains épisodes ont déjà sa préférence comme celui du manteau de pluie que la vieille Marima confectionne avec les larmes de Demba qu'elle recueille dans une calebasse


Posted by Picasaet celui des lucioles qui retrouvent la lumière. Les illustrations, superbes et très émouvantes, sont à elles seules une invitation au voyage et à l'imaginaire.


C'est un très bel album que je recommande chaudement aussi bien aux enfants qu'aux grands. 


dimanche 7 février 2010

Prix des Incorruptibles # 1

Ma première lecture pour le Prix des Incorruptibles (niveaux CM2 / 6è) inco_0910est celle d'un album pour lequel j'ai un grand coup de coeur coup_de_coeur_Eloah et c'est un vrai plaisir de vous le présenter.

souslapeaudunhommeSous la peau d'un homme, écrit par Praline Gay-Para et illustré par Aurélia Fronty est un conte qui se revendique comme librement adapté d'un conte africain. Un homme père de 7 fils se moque chaque jour de son frère, père de 7 filles, en lui assénant qu'il est le père de 7 misères.
Devenue jeune adulte, l'aînée des 7 filles met son oncle au défi : qu'il envoie son fils aîné et sa nièce aînée (elle, donc) de par le monde durant un an et demi pour constater lequel des deux tirera le mieux profit de ce voyage et lequel sera la véritable misère. Aussitôt dit, aussitôt fait, les deux jeunes gens partent ensemble dès le lendemain. Le fils aîné, richement chargé, accepte que sa cousine, qui voyage légèrement, monte derrière lui sur sa monture, riant intérieurement car lui devant, il sera le premier arrivé ... C'est sans compter la sagesse et l'intelligence de la jeune fille qui, à force de troc avec son cousin, part seule avec la monture et le riche long manteau de ce dernier.
Affublée de cette magnifique tenue d'homme, qui a un capuchon sous lequel elle cache ses longs cheveux, elle se rend dans un château où vit un prince qui craint les femmes et est plein de préjugés à leur encontre ...

Ce joli conte est plein de mystère et de suspens. Il invite à s'interroger sur la dialectique de l'être et du paraître mais aussi sur celle de l'être et de l'avoir. La différence entre les hommes et les femmes est également au cœur de ce conte.

Les illustrations d'Aurélia Fronty sont magnifiques et mon coup de cœur pour cet album est né de la beauté de ces peintures qui envahissent les pages et transportent littéralement le lecteur dans l'univers de ce conte.


(cliquez sur les images pour les agrandir et mieux en profiter !)

Vous pouvez en découvrir d'autres en visitant ce lien : clic !
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mercredi 23 décembre 2009

Le grain de sel de la Demoiselle # 12

A l'occasion des fêtes, les albums pour enfants fleurissent et il est bien difficile de faire un choix ! Celui-ci a été offert récemment à ma petite Demoiselle et j'ai tout de suite eu un vrai coup de cœur pour lui. coups_de_coeur_deloah C'est donc un grand plaisir de vous le présenter !

_tonnant_voyageL'Etonnant Voyage d'un flocon de neige de Bernadette, publié aux éditions NordSud, est d'abord un album qui se touche car la neige pailletée sur les toits de la couverture est en relief.
Au début de l'hiver, les flocons se préparent très haut dans le ciel et discutent de leurs rêves de voyage : il y a celui qui n'imagine pas se poser ailleurs qu'au sommet du mont Fuji, celui qui veut survoler les forêts du Canada pour y voir des animaux sauvages, celui qui rêve des toits colorés de la basilique Saint Basile de Moscou ...

Un petit flocon tout timide écoute les autres raconter leurs rêves de voyage tous plus lointains et grandioses les uns que les autres puis ose avouer que lui, son rêve, c'est de sentir arriver la douceur du printemps ... Malgré la surprise désapprobatrice de ses comparses, il poursuit son rêve et, le moment venu, va se poser sur le rebord de la fenêtre d'une petite maisonnette qu'il va regarder vivre jusqu'à ce fameux matin où il entend gazouiller les oiseaux et se sent effleuré par la douceur d'un rayon de soleil, ce qui marque à la fois la fin de son existence et l'accomplissement de son rêve.

Cet album très poétique est une invitation au voyage (plus rêvé qu'accompli) mais surtout au plaisir des bonheurs simples du quotidien. Les textes se trouvent sur les pages de gauche et les illustrations occupent donc les pleines pages de droite, accompagnant d'abord les autres flocons dans leurs voyages de rêve, puis s'intéressant aux petits détails de la vie douce et paisible que le petit flocon s'est choisie.
C'est un joli conte à raconter en regardant tomber la neige !


mardi 13 octobre 2009

Celui qui n'aimait pas lire de Mikaël OLLIVIER

"Je suis timide : les personnages des romans parlent pour moi. Je suis casanier : ils me font parcourir le monde. J'ai peur de déplaire aux femmes : ils les séduisent à ma place. Je comprends mal le monde : ils me l'expliquent en s'y frottant à ma place. Je me sens lâche : ils sont héroïques. Vaniteux : ils m'enseignent l'humilité, la fragilité, l'humanité. "

Il est des livres que l'on dirait écrits pour être transmis de la main à la main : celui-ci m'a été prêté par une collègue, au détour d'un rayonnage de CDI, accompagné de quelques mots chuchotés : "Tiens, ça devrait te plaire ..." et à peine l'avais-je refermé que je savais à qui j'allais moi-même le donner avec ces mots : "J'ai pensé à toi en le lisant, je crois que tu vas aimer ...". Quel plus beau destin pour un livre ?

celui_qui_n_aimait_pas Celui qui n'aimait pas lire est l'autobiographie de Mikaël Ollivier, auteur prolifique (outre ses livres, il a écrit pour la télévision et le cinéma) et qui se prête à divers genres littéraires. En fait d'autobiographie, il s'agit plutôt d'une confession (c'est d'ailleurs le titre de la collection dans laquelle ce livre est publié chez De La Martinière), car l'auteur y retrace plus l'itinéraire d'un non-lecteur devenu écrivain qu'il ne raconte son enfance par le menu et c'est là tout l'intérêt du livre.

Le récit s'ouvre sur un événement tragique mais anecdotique : la mort accidentelle d'un jeune homme. Mikaël Ollivier imagine alors les vies que ce jeune homme aurait pu mener si ... et de si ... en si ... il finit par se demander quels sont tous les "si ..." qui lui ont permis, un jour, de monter dans ce fameux train où l'attendait celle qui deviendra la femme de sa vie. Rien en effet, ne semblait prédestiner cet enfant au fort sentiment d'infériorité, réfractaire à l'école, en particulier à la lecture scolaire, à devenir écrivain et à prendre ce train pour aller recevoir un prix littéraire près de Lyon !

De chapitre en chapitre, Mikaël Ollivier retrace ainsi son parcours avec beaucoup d'humour mais surtout de justesse, analysant en particulier son rapport ambigu à la lecture. Il mène une réflexion très intéressante sur la place qu'occupe le livre à l'école, sur la manière dont la littérature est enseignée et il se fait le porte-parole de tous les élèves qui ne finissent pas les livres qu'on leur fait étudier, ces adolescents qui se cherchent sans que personne ne leur montre vraiment que les livres qu'on leur met dans les mains peuvent les aider à se trouver. m_ollivier
Outre l'histoire d'une vie, Celui qui n'aimait pas lire est donc un joli récit sur le sens de la vie, sur les hasards qui font de nous ce que nous sommes, sur les rencontres que l'on croit ratées mas qui ne sont, parfois, que différées, sur l'amour de la littérature qui ne va pas toujours de soi.

Puisque ce livre est un grand coup de cœur tapis_haba, je me fais le plaisir d'une seconde citation car elle correspond à ce que je ressens et dont j'ai d'ailleurs parlé en ouvrant ce blog : "Je ne lis pas vite. Si on lit, c'est qu'on a le temps de lire, alors il faut savoir le prendre et le faire durer.
Pour bien se découvrir, un livre, comme un pays, doit s'aborder par la mer, lentement, au gré des courants et du vent, ses rives formant d'abord un trait à l'horizon ne prenant formes, volumes, couleurs, parfums, que petit à petit, au rythme lancinant du ressac. Un port est déjà une incursion dans les terres, une intimité, un prologue. On ne se pose pas sur un port, on y entre."

Ce récit a concouru pour le Prix des Incorruptibles 2005 / 2006. C'est un récit d'abord destiné à de jeunes lecteurs mais qui mérite d'être lu également par des adultes.

L'autobiographie drôle, émouvante, passionnante d'un non-lecteur devenu écrivain

samedi 22 août 2009

L'Année des tempêtes de Fabien LECUYER

"J'ai tout une nouvelle ville en spectacle devant moi. N'importe quelle fenêtre, quelle lumière est une promesse. La nuit, la lumière s'en va et les lumières sont partout. Je regarde ces gens chez eux. Je suis là et ils ne savent même pas que j'existe. Ne m'attarde dans aucune mémoire. Je suis au pied de leur existence pour bien dire. Ils sont dans la lumière et moi qui suis à peine un morceau de nuit je passe devant eux. En évitant les éclairages."

Ce n'était pas anticipé mais la 200ème note de ce blog sera aussi une première puisque j'inaugure avec elle tapis_haba ! Je suis d'autant plus ravie que ce soit ce livre-là qui soit l'objet de cette 200 ème note et de ce premier coup de cœur qu'il m'a été offert lors du swap "à lire et à croquer" et que je dois donc sa découverte au bon goût de Nelle ! merci !!

livre_L_cuyerQue j'ai aimé ce livre ! Il regroupe trois nouvelles d'un jeune auteur breton, Fabien Lécuyer. Les trois récits, "L'Année des tempêtes", "La guerre intérieure" et "Sol Invectus" abordent des thèmes bien différents : dans le premier, une femme attend avec espoir et inquiétude le retour du front de son mari ; dans le deuxième, un homme lit les secrets des gens dans le registre de l'église puis les suit pour les observer chez eux ... tout cela dans un but qu'on ne soupçonne guère et qui se révèle bouleversant ; le troisième récit met en scène un couple de personnages âgés qui a ses habitudes dans un café-librairie, lieu qui va devenir un asile pour l'un des deux ... Il est bien entendu impossible de résumer réellement ces nouvelles sans en dire trop mais quel dommage de ne pouvoir vous en dire davantage !

Trois nouvelles différentes donc mais liées par une écriture superbe, elliptique, poétique, douce et profonde, en équilibre constant entre la pudeur, la retenue et l'aveu des horreurs que la vie réserve. Trois nouvelles aussi qui s'affranchissent des codes, surtout la première, "L'Année des tempêtes" : c'est de la prose certes, mais une prose très poétique, proche également du théâtre par la présence de notules entre parenthèses qui s'apparentent à des didascalies, ce qui rend le récit très visuel.
La deuxième nouvelle, "La guerre intérieure" est un long monologue qui, par sa nature, mène d'abord le lecteur sur une mauvaise piste. "Sol Invectus" est construite de manière plus classique mais même si la fin est prévisible, ce récit est si beau qu'on voudrait en prolonger la lecture indéfiniment.
Trois nouvelles à chute enfin, qui laissent le lecteur au bord d'une réalité toujours plus tragique mais, étrangement, plus douce aussi tant l'issue est en un sens l'heureuse fin de la solitude intrinsèque des personnages.


Un petit bijou littéraire