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dimanche 26 juin 2011

Canopée de Karine Bernadou

Dans Canopée de Karine Bernadou (éditions Atrabile), il n'y a pas un mot et pourtant cette bande dessinée dit tant de choses qu'on n'en sort pas indemne. 
Une petite fille grandit, grandit si bien qu'un jour elle doit quitter le cocon familial. Sa mère lui bande les yeux et la conduit à l'orée d'une forêt où elle la laisse seule affronter le monde. D'errance en rencontres, la jeune fille fait son chemin, à la fois initiatique et régressif puisqu'à chaque fois que sa route croise celle d'un homme, elle rêve ensuite de son père qui a quitté le foyer quand elle était petite. Elle croise d'étranges personnages, du jardinier qui plante (puis récolte et cuisine !) des morceaux de femmes à l'homme sans visage qui vole celui des autres et elle doit lutter pour préserver son intégrité. 

Malgré des images parfois crues et un parcours chaotique, ce récit, uniquement narré par de petites images noires, blanches et rouges, est très poétique. Alors que j'ai eu beaucoup de mal à y entrer et à m'y plaire, je me suis peu à peu laissé séduire jusqu'à être émue par ces personnages de solitaires qui ne subsistent pourtant que dans la rencontre avec l'autre. Toute la force de cette bande dessinée est de nous mener, sans un mot, dans une histoire qui nous happe, nous fascine (au sens premier d'hypnotiser par le regard) et nous laisse tout troublé à la fin.

Merci beaucoup beaucoup à Babelio et aux éditions Atrabile pour cette belle découverte !

dimanche 20 février 2011

La Forêt de Miyori de Hideji ODA

"Le problème, c'est qu'on n'est pas de taille, tous seuls. On a toujours besoin de l'aide des humains. Quoiqu'on préfèrerait se passer d'eux."

Je ne suis pas fan des mangas mais comme mes élèves adorent ça, j'en ai acheté quelques uns en glanant des conseils à droite à gauche et j'étais curieuse de me faire mon opinion sur ces titres. J'ai choisi de commencer par La Forêt de Miyori d'Hideji Oda, dont la couverture est vraiment belle.

Miyori est une toute jeune fille de 11 ans que tout le monde voit comme une rebelle alors qu'elle est d'abord une petite fille qui souffre de la séparation de ses parents qui lui vaut d'être coupée de ses habitudes (elle quitte Tokyo pour la campagne) afin d'être confiée à ses grands-parents.
Dès son arrivée, Miyori part dans la forêt qui jouxte la maison de ses grands-parents. Très vite, la petite fille rencontre d'étranges créatures et il s'avère qu'elle partage avec sa grand-mère la faculté de voir et de communiquer avec des esprits, des êtres qui peuplent cette forêt. Ils lui apprennent que le lieu est menacé par un projet de construction de barrage qui va inonder et donc faire disparaître toute la région. Miyori mobilise alors les enfants de sa nouvelle école pour tenter de sauver la forêt ... 

Ce manga en 8 courts épisodes se lit d'une traite car le lecteur est vite impatient de connaître l'issue de la quête de Miyori. Le mélange entre l'univers merveilleux de la forêt et la sombre réalité de l'appât du gain au détriment de la nature et des hommes est plutôt bien mené. 
J'ai aimé les messages que ce manga véhicule, d'une part qu'il ne faut pas craindre l'Autre mais prendre le temps de le connaître, d'autre part qu'il faut se battre pour ce qu'on croit juste. A bien des égards, La Forêt de Miyori s'apparente à un conte.
Le trait qui dessine le visage de Miyori est doux et charmant. Pour autant, je ne suis toujours pas séduite par ce graphisme en général car je trouve que les pages sont saturées voire un peu étouffantes et je suis vite agacée par les "ah", "hein ?" "...", etc omniprésents et qui, à mon très humble avis, gâchent un peu cette jolie histoire. Je suis donc en même temps séduite par ce manga-là sans être convaincue par le genre en général mais je trouve que c'est une belle lecture pour nos ados !

mercredi 15 septembre 2010

Les Aventuriers du Dimanche - 1. Le tour des donjons de JP BOUDART


Une bande de copains tous plus loufoques les uns que les autres se réunit pour donner l'assaut à un donjon ... ou faire comme si. On suit leurs pérégrinations durant un jour et une nuit et on rit de les voir se prendre tant au sérieux alors que tout ce qu'ils entreprennent tourne au vinaigre et échoue lamentablement. Le titre de la série, Les Aventuriers du Dimanche, ne pouvait mieux convenir !
J'ai adoré les dessins et ce mélange de personnages, certains inspirés par l'heroïc fantasy, d'autres relevant d'un univers purement enfantin (je pense à Über), un dernier enfin étant humain. J'ai également aimé l'humour et la dérision qui traversent cette bande dessinée.
Mais ... je me suis ennuyée avec ces personnages qui échouent à tuer le temps et je me suis demandé si c'était une volonté de l'auteur. Je n'ai pas toujours bien compris l'enchaînement entre les vignettes (par moments, on change de lieu mais pas de personnage d'une vignette à l'autre, ça m'a fait penser aux changements de niveaux dans les jeux vidéo mais là il y a parfois des retours en arrière ...). Enfin, j'avoue m'être sentie vieux jeu à être gênée par un personnage qui s'exprime en langage sms en maltraitant l'orthographe.
Je suis donc mitigée ... mais contente tout de même d'avoir découvert cette bande dessinée grâce à un partenariat avec BOB  et les éditions Manolosanctis. J'ajoute que le format de cette bande dessinée est bien agréable !

vendredi 9 juillet 2010

Little Big Band de LOTHELIER, TIB GORDON et TRISTOON

Voici une bande dessinée que j'ai achetée lors du Festival du Livre et de la BD de ma ville : puisque je me lance (enfin, à mon grand âge !!) dans la lecture de bandes dessinées, j'ai profité de ce salon pour papoter avec un auteur qui a su me séduire (euh, BD-philement parlant s'entend :-)) et qui, pour l'occasion, m'a fait une superbe dédicace : 

 J'ai tardé à en parler ici car je l'avais prêtée à un élève puis à une collègue, qui tous deux ont bien aimé !
Little Big Band est une trilogie, ou plutôt une série , écrite à 6 mains : le thème est commun, le style est proche, mais les histoires sont autonomes.



Dans la première histoire, La Dynastie Monkyz, l'Union des peuples les plus Sympas du cosmos confie une mission de la plus haute importance à deux des siens : trouver l'élu du Bouchon ! Leur quête les mène dans des aventures drôles et surprenantes, au cours desquelles ils croisent des personnages hauts en couleur.
Wolfi Zone est bien différent car, loin des sympathiques extra-terrestres, on est cette fois plongés au cœur du machiavélique plan fomenté par les Démonos qui veulent conquérir la planète Bubulle et vont, pour cela, créer un être qui dévore tout sur son passage et, par conséquent, ne cesse de grossir, de grossir ...
On reste avec les Démonos dans le troisième volet, Monstro Dome, mais cette fois sur leur planète, Néoglobo, où le baron Crapulax revient après 1O ans d'absence ...

J'ai découvert, après avoir lu ces trois BD, qu'elles sont surtout destinées à un public d'enfants de 7 à 14 ans et ... ça m'a donné un coup de jeune car je dois dire que j'ai bien aimé !! Certes, la science-fiction traitée sur un ton humoristique et fantaisiste doit séduire ce jeune public mais je trouve pour ma part que les multiples clins d'œil, notamment cinématographiques (enfin, je crois !), ainsi que la richesse, c'est peu de le dire, des illustrations, la complexité narrative peuvent parfaitement satisfaire un lecteur adulte.


D'ailleurs, des quelques BD que j'ai lues ces derniers mois, c'est la première qui me transporte véritablement dans un autre univers à la fois complexe et attrayant, la première qui m'offre un moment d'évasion et donc qui, pour ces raisons, me séduit.
Histoires et personnages sont déjantés mais l'ensemble n'est pas que léger : jeux sur les mots, dessins sont fouillés. Par ailleurs, je trouve l'ensemble assez pop !
Bref, c'est une lecture très divertissante que je vous recommande ! Je vous invite également à découvrir le site de Tib-Gordon, sur lequel vous découvrirez un peu plus son univers : c'est là !
Posted by Picasa

lundi 1 mars 2010

XIII - tomes 1 et 2 - de W. VANCE et J. VAN HAMME

Bon, je sais que XIII est un grand classique mais soyez gentils avec moi, je vous rappelle que je débute ! Je n'ai d'ailleurs pas encore trouvé le style de BD qui me plaira mais j'ai tout de même été happée par l'intrigue (enfin, les intrigues) mise en place dans les deux premiers volumes de cette série et j'ai hâte de lire la suite !

XIII_tome_1Le Jour du Soleil noir s'ouvre sur la découverte d'un homme dont le corps a échoué sur une côte déserte. Un couple âgé le recueille et fait appel à sa voisine, Martha, médecin interdit d'exercer car alcoolique. Le rescapé, qui a un étrange XIII tatoué dans le cou, reprend peu à peu des forces mais ne recouvre pas sa mémoire ... L'irruption violente d'hommes venus manifestement le tuer lui fait prendre conscience qu'il a acquis des automatismes de défense dignes d'un professionnel. Ses hôtes sont tués mais lui parvient à en réchapper en tuant l'un des membres du commando, dans la poche duquel il trouvera une photo le représentant en compagnie d'une femme.
XIII rassemble alors les maigres indices dont il dispose et décide d'enquêter pour retrouver son identité, comprendre ce qu'il a pu faire pour qu'on en veuille à sa vie ...


XIII_tome_2Dans le deuxième tome, Là où va l'indien ..., XIII découvre qu'il s'appelle Steve Rowland, qu'il est capitaine dans une unité spéciale de l'armée américaine, que la femme sur la photo est la sienne et ... qu'il est mort ! Il découvre en outre qu'il a assassiné le Président américain et que des hommes hauts placés le recherchent pour découvrir qui a commandité cet assassinat. XIII est également désireux de retrouver son épouse qui semble lui avoir laissé un message bien caché puisqu'il n'a pas été découvert par ceux qui sont venus fouiller leur maison. C'est ainsi qu'il part "là où va l'indien" lieu mystérieux où l'attendent encore bien des surprises, pas franchement bonnes ...

Les rebondissements permanents ne peuvent que tenir le lecteur en haleine ! Le dispositif imaginé par les auteurs, M.Vance et J. Van Hamme est fort judicieux : le héros étant un personnage amnésique, il n'en sait pas plus que le lecteur qui fait spontanément confiance à ce bel homme si gentil et si étonné de se découvrir mêlé à de sombres histoires. La complexité de(s) intrigue(s) n'est pas un frein à la compréhension, bien au contraire elle donne un rythme soutenu au récit et le rend ainsi palpitant.
Mon seul regret est que cette fois encore je n'aime pas du tout les illustrations. Il y a même des vignettes dont je ne comprends pas le sens ... Bref, comme à chacune de mes lectures de BD je suis enthousiasmée par l'histoire mais déçue par les images ... J'ai tout de même hâte de lire la suite !

dimanche 21 février 2010

Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec de TARDI

En ramenant mes livres à la bibliothèque l'autre jour, je n'avais pas le temps de fouiner dans les rayonnages alors j'ai embarqué deux volumes des Aventures Extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec qui venaient d'être rendus par un autre lecteur et n'étaient pas encore rangés. J'avais gardé un souvenir mitigé d'Adèle et la Bête alors j'étais curieuse de lire ces deux volumes qui sont les deuxième et troisième de la série.

DemoTourDans Le Démon de la Tour Eiffel, j'ai d'abord eu plaisir à retrouver les illustrations qui dépeignent minutieusement le Paris des années 10. Autant, je n'aime pas particulièrement le graphisme des personnages autant j'adore celui des lieux et des décors. Comme dans le premier volume, Adèle est aux prises avec l'étrange apparition d'un monstre : une statuette assyrienne du démon Pazuzu a été dérobée et tandis que le lieutenant Flageolet enquête pour la retrouver, Adèle assiste à la représentation d'une pièce qui justement rend hommage à cette effrayante divinité. Or, à la fin de la pièce, l'acteur principal est assassiné sur scène par une comédienne qui disparaît ...
L'histoire est complexe, comme l'était celle d'Adèle et la bête. En effet, plusieurs intrigues s'entremêlent : des gens disparaissent mystérieusement du Pont-Neuf, la peste menace Paris, le démon Pazuzu rôde, un célèbre acteur est assassiné ... Adèle enquête de son côté au péril de sa vie puisqu'elle réchappe d'un attentat puis sera kidnappée par les adeptes d'une secte qui veulent l'offrir en sacrifice ... (pas moins !). Les rebondissements sont nombreux et j'ai particulièrement aimé la petite balade dans les canaux sous Paris (très similaire d'ailleurs à la virée de Sherlock et de Watson dans les canaux sous les ponts de la Tamise, dans le dernier Guy Richie !!).
C'est donc une lecture agréable qui m'a donné envie d'enchaîner immédiatement avec Le Savant Fou ...

les_aventures_d_adele_blanc_sec___le_savant_fouCette fois encore, une étrange créature issue de la Préhistoire reprend vie et Adèle échappe plusieurs fois à la mort, mais ce sont bien là les seules ressemblances intéressantes entre ce troisième volume et les précédents. L'intrigue m'a semblé simpliste voire indigente, je me suis même demandé en refermant le volume s'il ne manquait pas des pages ! Certains passages sont caricaturaux comme celui du drôle d'engin qui poursuit les personnages, tout droit sorti de Star Wars ou le machiavélisme d'un savant fou, bien mieux dépeint dans nombre d'œuvres littéraires.

Bref, les albums de Tardi se suivent mais ne se ressemblent pas et mon sentiment sur cette série reste donc mitigé !


samedi 30 janvier 2010

Le Vieil Homme qui n'écrivait plus de SOKAL

"La littérature, il faut qu'elle reste dans les livres ... Ailleurs, elle est insupportable (...)"

A force de vous voir dévorer des bandes dessinées, j'ai eu envie de m'y mettre à mon tour ! Comme je n'y connais vraiment rien, j'ai demandé à mes copines lectrices de me souffler quelques conseils et c'est avec une petite liste que je me suis rendue dans ma bibliothèque municipale. Malheureusement, je n'ai pas trouvé la plupart de ces titres et les illustrations de ceux qui étaient bien dans les rayonnages ne me disaient rien. J'ai donc fouiné et je suis tombée sur un titre qui ne pouvait que m'attirer ! J'ai alors emprunté cette BD sans même l'ouvrir, me réservant une petite surprise (oui, j'aime bien me faire des surprises toute seule !!).


Couverture_bd_220339109XCette bande dessinée s'ouvre sur une vignette de pleine page qui représente une montagne, en août 1944. Des villageois apeurés fuient dans le maquis quand, soudain, la seule jeune femme du groupe est touchée par une balle et meurt dans les bras d'un garçon de son âge. Au sortir de la guerre, ce jeune homme, Augustin Morel, seul rescapé de ce groupe de résistants, raconte son histoire dans un roman autobiographique intitulé Marianne, prénom de l'amour qu'il a perdu ce jour-là.
Devenu un vieil homme, Augustin vit loin de ce petit village de montagne et la solitude est devenue son refuge. Pourtant, une jeune cinéaste qui souhaite adapter ce roman au cinéma et le tourner sur les lieux de l'action, parvient à faire retourner Augustin dans ce petit village où son passé va lui sauter à la figure et remuer les souvenirs de toute une population.

Le Vieil Homme qui n 'écrivait plus, de Sokal (éditions Casterman) est un récit complexe qui mêle les époques en alternant passé et présent, multiplie les points de vue (Augustin qui retrouve seul les lieux où il a tant aimé et où il a tant souffert ; les villageois qui commentent ce retour ; un inspecteur de police qui interroge les protagonistes ; l'équipe de cinéma qui tente de réaliser son projet ...), mais aussi passe du récit de la vie des personnages, au roman écrit par Augustin (des pages de son roman occupent des vignettes de la BD), au cinéma. L'intrigue est tout à la fois personnelle, historique, policière et le lecteur est tenu en haleine jusqu'au bout.

Le Vieil Homme qui n'écrivait plus est une histoire prenante, intense, qui plonge sans ménagement le lecteur au cœur des pages sombres et encore lourdes de secrets de la guerre telle qu'elle pouvait être vécue dans de petits villages. Les tensions que la guerre pouvait faire naître entre les habitants sont parfaitement dépeintes. Le poids du souvenir mais aussi l'inconscient collectif avec toute l'hypocrisie, la bêtise mais aussi la naïveté dont il est nourri, sont omniprésents, tant dans le récit lui-même que dans les dessins qui mettent en avant des visages burinés, usés, creusés par tous ces souvenirs qu'on ne chasse jamais définitivement.

J'ai donc dévoré cette bande dessinée, happée par cette histoire, et j'en suis ressortie toute troublée. J'ai néanmoins encore du mal à m'enthousiasmer pour les illustrations ... J'ose même dire qu'elles m'ont parfois gênée dans ma lecture tant elles ne sont pas ma tasse de thé et j'en reviens là à ce qui me rebute dans la bande dessinée en général ...