"(...) L'affaire Yéchoua n'est pas seulement une énigme, mais un mystère. Rien de plus rassurant qu'une énigme : c'est un problème en attente provisoire de sa solution. Rien de plus angoissant qu'un mystère : c'est un problème définitivement sans solution. Il donne à penser, à imaginer ... Mais je ne veux pas penser. Je veux connaître, savoir. Le reste ne m'intéresse pas. C'est pour cela que depuis deux jours, je ne suis qu'un silence long, compact, piqué de petits murmures sans conséquence, un silence lourd et immobile comme une urne de marbre."
Je m'étais inscrite à l'opération
La seconde partie se veut un échange épistolaire entre Pilate et son frère. Même si le dispositif narratif est plus que bancal (en fait d'échange, un seul épistolier écrit et ses lettres contiennent tant de dialogues qu'elles n'en sont plus vraiment), le plaisir du lecteur est encore au rendez-vous car on suit les interrogations de Pilate qui ne croit pas en la résurrection de Yéchoua et qui donc enquête pour percer ce mystère. Il fait part de l'avancée de ses investigations à son frère avec lequel il partage ses doutes, ses espoirs, ses déceptions. Ces lettres montrent ainsi un homme en pleine réflexion, un homme que la réalité conduit à abandonner peu à peu ses convictions pour devenir un autre.
Alors que la religion n'est pas l'un de mes sujets de prédilection, j'ai vraiment eu plaisir à lire ce livre. J'ai retrouvé avec bonheur le style tantôt poétique tantôt humoristique de Schmitt et j'ai aimé la construction de ce récit qui propose deux points de vue différents mais tout deux inouïs de la vie, la mort, la résurrection du Christ. J'ai surtout été touchée dans la première partie par cet homme qui attend la sentence de ceux qui ne le comprennent pas. Paradoxalement, les deux narrateurs, Yéchoua et Pilate, se ressemblent malgré leurs divergences car tous deux sont plongés en plein doute, au point que leur manière de penser, d'être, d'envisager la vie et les autres s'en trouve peu à peu modifiée.
Enfin, loin d'être didactique, ce livre est d'abord iconoclaste : aborder un tel sujet est en soi bien audacieux, mais le faire avec dérision voire provocation tout en faisant la part belle à l'émotion était une gageure que l'auteur a relevée haut la main.
