samedi 2 mai 2009

La Solitude est un cercueil de verre de Ray BRADBURY

"Et tremble d'un rien.
Avoir peur de rien, sans raison. Et devoir vivre avec ce rien jusqu'à l'aube.
Je tendis l'oreille. Etait-ce le brouillard qui grattait à ma porte ? Etait-ce la brume qui tripatouillait ma serrure ? Et était-ce l'insolite orage miniature qui rôdait sur mon paillasson, laissant des algues derrière lui ?"

Ma première escale du challenge Lire autour du monde (clic !) ne fut pas de tout repos lire_autour_du_monde mais je suis finalement bien contente d'avoir choisi cette destination et de vous envoyer cette carte postale de Venice, quartier de Los Angeles en Californie (cliquez pour agrandir la carte) : planla_1

51KZY5SAR1LSéduite par ce joli titre, La Solitude est un cercueil de verre, j'ai pris mon billet pour Venice, Californie, il y a si longtemps que je ne suis plus sûre de me souvenir dans quelle ville j'ai acheté ce livre ni en quelle année ! Je l'avais commencé immédiatement mais il m'était vite tombé des mains et le profond sommeil dans lequel il a sombré sur mon étagère n'a plus été entrecoupé que par quelques déménagements.
Lorsque je me suis inscrite au challenge Lire autour du monde, j'ai fouillé parmi mes livres non lus et j' ai exhumé celui-ci, un peu par hasard.

A nouveau, ce roman m'a résisté : il m'a fallu près de 200 pages d'errance pour finir par comprendre et accepter que si je me perdais tant dans ce livre tout en étant néanmoins attirée par la lecture de la suite, c'est que le narrateur-personnage était lui-même perdu dans son récit, mélangeant sans prévenir réalité, pensées, rêves, cauchemars et même souvenirs. Je me suis alors davantage laissée porter et je suis finalement plutôt heureuse d'être parvenue à bon port même s'il j'y ai mis du temps !

Le narrateur, auteur de nouvelles policières, fait une étrange rencontre dans le gros tramway rouge de Venice, un soir de pluie battante. Quelques instants plus tard, il découvre un vieil homme enfermé dans une cage à lion au fond du canal. Le narrateur est alors persuadé que le criminel est cet homme rencontré dans le tramway et qu'il n'a pas osé dévisager : il n'aura dès lors de cesse de poursuivre cette intuition et de courir après ce fantôme. Il fait la rencontre de l'inspecteur Elmo Crumley et, au fil des morts étranges de ceux qu'ils côtoient, au fil des événements inquiétants, ces deux-là vont se lier au point d'échanger inconsciemment leurs rôles : l'écrivain va se faire enquêteur tandis que le policier va se (re)mettre à l'écriture.

Il est délicat d'en raconter davantage sans déflorer l'intrigue policière. Mais ce livre n'est pas que cela. C'est un véritable roman noir avec son humour particulier, parfois son ironie tragique ; avec sa ville, surtout parcourue de nuit, véritable personnage principal ; avec sa galerie de personnages tout droit sortis d'une cour des miracles : outre l'écrivain neurasthénique et l'inspecteur passionné de plantes tropicales au point qu'il faut se munir d'une machette pour accéder à son bungalow, on croise une chanteuse lyrique si grosse qu'elle dort assise, ne pouvant se relever si elle se met sur le dos, un aveugle sans canne blanche à l'odorat et à l'ouïe sans faille, un coiffeur maudit, un psychiatre astrologue, une actrice de films muets qui endosse plusieurs rôles dans sa propre maison et bien d'autres personnages repoussants et fascinants. images

La Solitude est un cercueil de verre est un roman aussi ardu que délectable : on s'y noie mais on en redemande ! Que Bradbury soit d'abord un auteur de science-fiction n'est pas étranger à cela : la narration emprunte bien souvent des voies qui sortent du réalisme classique des romans noirs pour se frayer un chemin dans un monde parallèle. Non pas celui d'une autre planète ici, mais celui d'un monde intérieur régi par ses propres codes, mu par ses propres habitudes, et finalement aussi étranger que familier. Dans le même temps, le mystère est oppressant et le lecteur n'a qu'une hâte : le percer pour respirer enfin un air plus léger et sortir enfin du brouillard qui pèse la nuit sur Venice.

Un roman noir efficace !


vendredi 1 mai 2009

Nouvelle robe de blog !

Encore me direz-vous ! Vous n'aurez pas tort mais je suis une éternelle insatisfaite et la précédente apparence de ce blog ne me convenait pas suffisamment pour que je m'en contente. Celle-ci a l'avantage de me correspondre davantage et de me permettre de classer en deux colonnes distinctes mais proches les deux axes de ce blog, la littérature et la cuisine.
Tout n'est pas encore au point (notamment en ce qui concerne les couleurs de textes d'anciennes notes) et je compte sur votre sens de l'observation pour me signaler toute erreur mais aussi sur votre gentillesse pour vous montrer patients le temps que j'opère les derniers réglages !
Enfin, si un(e) pro des codes CSS passe par là et qu'il / elle a du temps à perdre, je veux bien de judicieux conseils pour vaincre les quelques détails qui me résistent encore !
J'espère, surtout, que cette nouvelle apparence vous séduira ... jusqu'au prochain changement !

mercredi 29 avril 2009

Légumes et fruits de saison

Après une semaine à profiter du soleil alsacien, nous avons des envies de légumes et fruits printaniers même si c'est la fraîcheur et la pluie qui dominent depuis notre retour ! Au menu donc, une tarte aux asperges et aux deux fromages.
Couper les queues, peler, laver, sécher soigneusement une douzaine d'asperges blanches. Les faire cuire dans de l'eau bouillante salée environ 10 minutes puis les essuyer à nouveau soigneusement. Réserver.
Préchauffer le four à 180°. Etaler une pâte feuilletée dans un moule à tarte et placer dix minutes au réfrigérateur. Pendant ce temps, battre 2 œufs avec 20 cl de lait. Saler, poivrer. Ajouter environ 100 grammes de fromage de chèvre coupé en dés.
Parsemer le fond de pâte d'emmenthal fraîchement râpé. Disposer les asperges puis verser la préparation à base d'œufs. Recouvrir d'emmenthal râpé.
Enfourner 40 minutes et déguster avec une salade de feuilles de chêne.
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Pour tout dire, je ne suis pas satisfaite de la présentation de ma tarte car on ne voit pas les asperges pourtant joliment alignées ! Pour cela, il faudrait verser un peu moins de crème.

En dessert, un simple entremets aux fraises a fait notre bonheur !
Pour 4 personnes. Au fouet électrique, mélanger 200 grammes de fromage blanc avec 50 grammes de sucre et une cuillère à soupe d'arôme de vanille (idéalement, remplacer par une gousse de vanille dont on gratte les grains sur le fromage blanc, mais je n'en avais plus !) jusqu'à obtenir un mélange aérien. Réserver au réfrigérateur.
Équeuter, couper en deux ou quatre selon la taille, laver et sécher soigneusement 200 grammes de fraises. Réserver.
Réduire en poudre une à deux tranche(s) de pain d'épice. Réserver.
Remplir aux deux-tiers des ramequins avec le préparation à base de fromage blanc. Disposer des fraises sur le dessus et saupoudrer de miettes de pain d'épice. Réserver au réfrigérateur jusqu'à dégustation.
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dimanche 19 avril 2009

A bientôt !



Ravitaillement des troupes


Dans quelques heures, la Petite famille va prendre la route ! Afin d'occuper les enfants et de combler les petits creux qui ne manquent jamais de se faire sentir en chemin, la Cuisinière Aux Deux Mains Gauches a préparé un cake aux deux saveurs, communément appelé gâteau marbré.
Préchauffer le four à 210°.
Fouetter 100 grammes de beurre ramolli avec 100 grammes de sucre jusqu'à ce que le mélange devienne mousseux. Incorporer deux jaunes d'œufs à ce mélange (réserver les blancs) puis ajouter 5 cl de lait sans cesser de remuer.
Dans une grand bol, mélanger 200 grammes de farine avec 1/2 sachet de levure chimique. Incorporer peu à peu à la pâte.
Ajouter une pincée de sel aux deux blancs d'œufs et monter en neige bien ferme.
Répartir la pâte dans deux jattes différentes. Dans l'une, verser 1/2 sachet de sucre vanillé ainsi qu'une cuillère à soupe d'extrait de vanille liquide. Dans l'autre, ajouter une cuillère à soupe de cacao amer en poudre. Incorporer la moitié des blancs en neige au premier mélange et l'autre moitié au second mélange.
Beurrer un moule à cake. Verser la pâte à la vanille puis celle au chocolat. Il est également possible d'alterner les couches (vanille / chocolat / vanille / chocolat).
Enfourner 10 minutes puis baisser le four à 180° et laisser cuire 20 minutes.

vendredi 17 avril 2009

Dis-moi comment tu lis ...

Stephie la Dévoreuse de Livres m'a taguée en ce début de semaine ! Il s'agit de présenter ses marque-pages favoris et je dois dire que je trouve bien sympathique de parler un peu de soi ainsi, indirectement. J'ai d'ailleurs découvert à cette occasion que Stephie a de très très jolis marque-pages faits mains qui me donnent bien envie de me lancer un jour dans cet art !

Pour être tout à fait honnête, il me faut vous avouer que je suis surtout une corneuse de pages ... Pire, je corne en haut pour me repérer et en bas pour me souvenir ! Je me sers finalement assez peu de mes marque-pages et c'est sans doute pour cela que je n'ai pas été capable de retrouver celui que je préfère, qui m'attend sûrement dans un livre que je n'ai pas terminé ou que j'ai relu en partie ... Pour autant, je n'ai pas été capable moi non plus de me limiter à un seul-marque page !
Parmi ceux que j'utilise néanmoins, il y a, comme tout le monde, les publicitaires dont je ne garde que ceux qui me plaisent
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parmi lesquels voici mes deux préférés
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J'ai également une série de marque-pages "écrivains" qui se rangent dans une jolie pochette de la collection "L'Imaginaire" et s'ouvrent sur une citation. Je les trouve si beaux que je les regarde, je les touche, je les déplace souvent mais je ne m'en sers quasiment pas car ils sont longs et j'ai toujours peur de les abîmer. Les écrivains représentés sont Max Jacob, Henri Michaux, Georges Perec, Jorge Luis Borges et William Burrough :
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Enfin, voici deux marque-pages auxquels je tiens également car ils m'ont été offerts à l'issue d'expositions : l'un a été acheté à l'occasion de l'expo Champollion à Strasbourg il y a une bonne dizaine d'années (voire davantage !), l'autre à l'expo consacrée à Jean Cocteau au Centre Pompidou (et il est bien pratique car il est plié en deux avec un petit aimant au milieu ce qui permet de lui faire tenir quelques pages en même temps) :
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Si un jour je retombe sur mon favori, je vous le montrerai ! En attendant, je passe le flambeau à Capp dont j'imagine les marque-pages japonisants, à Mutine qui doit en avoir plein ses polars et à Maazz dont les marque-pages doivent être à son image ...

jeudi 16 avril 2009

Voyages en terres inconnues de Laurent GAUDE

"Je suis occupé à lutter contre des choses que vous ne voyez pas, que vous seriez même incapables d'imaginer. Vous me plaignez, et vous avez raison. Mais je n'ai pas toujours été ainsi. Je fus un homme autrefois."

Je lis très lentement en ce moment et même si j'aime vraiment le roman que j'ai commencé, j'ai eu besoin aujourd'hui de m'offrir une lecture que j'allais pouvoir avaler d'un seul trait, comme ça, le temps d'une petite pause. Je me suis alors souvenu avoir reçu en démonstration des éditions Magnard un petit livre regroupant deux nouvelles que je n'avais pas encore ouvert : c'était l'occasion de les découvrir !
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Ce petit recueil au joli titre, Voyages en terres inconnues, sonne comme un avant-goût aux voyages littéraires (clic !) que je m'apprête à entreprendre et, de fait, j'ai passé une partie de l'après-midi en Afrique !
La première nouvelle, "Sang négrier" fait d'ailleurs également voyager dans le temps puisque l'histoire se passe à l'époque du commerce triangulaire. Le narrateur, commandant d'un navire transportant du bois d'ébène (autrement dit des esclaves noirs), prend la direction du navire à la mort du capitaine, au large du Sénégal, et il fait le (mauvais) choix de retourner à Saint-Malo pour rendre la dépouille à la veuve plutôt que de suivre son chemin vers l'Amérique. Pendant l'enterrement du capitaine, les esclaves s'échappent de la cale du navire. La plupart est rapidement rattrapée mais cinq d'entre eux parviennent à échapper à la vigilance des français. Quatre sont tout de même retrouvés et massacrés chacun d'une manière plus barbare que les autres. Reste le cinquième qui demeure invisible mais ne compte pas se faire oublier pour autant ... Cette nouvelle est dramatiquement réaliste mais le narrateur étant le commandant du navire et par conséquent l'un des responsables de cette affreuse cargaison, le lecteur entre dans la peau de ce que Laurent Gaudé appelle, à juste titre, "un salopard" et plonge avec lui dans les abîmes d'une conscience peu à peu prise d'une certaine culpabilité qui confine à la folie tant la peur, l'horreur le dévorent. La démence du narrateur mène naturellement vers une chute fantastique : le lecteur est bien incapable de décider si l'événement final est possible ou s'il est le fruit d'une l'imagination torturée.
La seconde nouvelle, "Dans la nuit Mozambique" fait également voyager, de Lisbonne où se réunissent les personnages pour se raconter leurs aventures, au Mozambique où se déroule l'aventure principale. Pour autant, ce récit est bien différent du premier car cette fois l'essentiel semble résider en ces rencontres entre marins autour d'un café, en leur plaisir à écouter puis à raconter à leur tour des histoires. D'ailleurs, on ne connaît pas véritablement la fin de l'aventure au Mozambique et même si l'absence de chute est toujours une frustration, on sent bien que le propos est ailleurs. J'ai moins aimé cette seconde nouvelle que la première car je n'ai été captivée que par la deuxième partie de ce récit, ne saisissant pas bien au début où le narrateur voulait nous conduire.
Ces "Deux récits sidérants" comme l'annonce le sous-titre gaud_mettent mal à l'aise le lecteur car ils abordent des événements sombres de notre histoire. Ils sont en même temps joliment écrits, parfois presque poétiques, et ce contraste entre un style touchant et des histoires barbares laisse le lecteur comme en équilibre, tantôt séduit, tantôt horrifié.

Deux nouvelles poétiquement monstrueuses ...