samedi 7 mars 2009

Ravel de Jean ECHENOZ

"Cet objet sans espoir [le Boléro] connaît un triomphe qui stupéfie tout le monde à commencer par son auteur. Il est vrai qu'à la fin d'une des premières exécutions, une vieille dame dans la salle crie au fou, mais Ravel hoche la tête : En voilà au moins une qui a compris, dit-il juste à son frère. De cette réussite, il finira par s'inquiéter. Qu'un projet si pessimiste recueille un accueil populaire, bientôt universel et pour longtemps, au point de devenir un des refrains du monde, il y a de quoi se poser des questions, mais surtout de mettre les choses au point. A ceux qui s'aventurent à lui demander ce qu'il tient pour son chef d'oeuvre : C'est le Boléro, voyons, répond-il aussitôt, malheureusement il est vide de musique."
Opéra muet de Sylvie Germain (clic !) m'ayant beaucoup fait penser à l'un de mes livres préférés, L'Occupation des sols de Jean Echenoz, je me suis dit qu'il était temps pour moi d'emprunter Ravel de ce même écrivain, paru en 2006 et qui m'avait fait de l'œil en librairie à l'époque.
9782848681849FSRavel a 52 ans au début du récit et la première page le trouve ... dans son bain ! On va le suivre ensuite sur le paquebot France qui le mène aux Etats-Unis où il va faire une tournée triomphale puis dans son quotidien de compositeur génial (on assiste notamment à la création du fameux Boléro) mais d'homme difficile à vivre, maniaque, solitaire, volontiers suffisant et, comble du comble : piètre pianiste. Le récit s'achève avec la mort de son personnage auquel la maladie a fait perdre peu à peu ses facultés.

C'est un petit livre (124 pages dans la jolie édition brochée des éditions de Minuit) qui se lit d'une traite mais qui, paradoxalement, n'est pas, à mon sens, d'accès facile.
D'une part, si la couverture précise bien qu'il s'agit d'un roman et non d'une biographie comme son titre pourrait le laisser penser, il est évidemment difficile pour le lecteur de distinguer ce qui relève de la réalité de ce qui a été inventé par l'auteur. A plusieurs reprises, le narrateur intervient pour rappeler que les faits ne sont pas certains, qu'on manque de témoignages ou que l'on ne peut accréditer telle ou telle version d'un événement. Mais puisque justement ces interventions sont a priori celles d'un narrateur et non de l'auteur (puisqu'il s'agit donc d'un roman !), le lecteur ne sait trop de quel jeu il est l'objet : dès lors que le récit est clairement identifié comme romanesque, pourquoi est-il précisé que les faits ne sont pas tous avérés ? Je me souviens avoir lu, lors de la sortie du livre, une critique de Pierre Assouline qui déclarait que Ravel, c'était en fait Echenoz ... ce qui rendrait alors le jeu encore plus complexe !
D'autre part, il me semble que la réception de ce livre dépend de l'expérience échenozienne (si je puis oser ce vilain néologisme) du lecteur. echenozPour être honnête, je crois que si Ravel avait été mon "premier Echenoz", je me serais ennuyée comme le personnage s'ennuie dans sa propre vie, tant la tentation est grande de confondre le récit d'une vie finalement morne, surtout dans la première partie, avec cet espèce de vide qu'on peut ressentir à la lecture. Or, ce que j'ai surtout aimé dans ce livre, c'est d'y retrouver le ton que j'ai découvert dans Je m'en vais (prix Goncourt 1999), puis dans Les Grandes Blondes, encore dans Cherokee, enfin dans l'Occupation des Sols : ce ton à la fois distancié et malicieux, cette apparente simplicité riche en réalité d'un art incroyable du détail, cet anecdotique élevé au rang de l'essentiel d'un être. J'ai également retrouvé avec Ravel le plaisir de me laisser guider par un rythme inhabituel : d'abord lent puis qui s'accélère au point de survoler plusieurs années d'un coup (comme si le personnage lui-même les avait à peine vécues) pour redevenir lent à la fin. Souvent, on sent une sorte d'urgence qui conduit à un rythme effréné, comme si le temps allait bientôt manquer et le lecteur en est à la fois frustré (pourquoi raconter la vie d'un grand compositeur si c'est pour expédier sa tournée triomphale aux Etats-Unis ?) et perplexe (que faut-il alors retenir de ces pages-là ?). Bref, pour moi, Ravel est tout autant une biographie romancée qu'un jeu littéraire et c'est ce que j'ai aimé.

Un roman biographique ... ou pas !

jeudi 5 mars 2009

Chocolat et citron vert : une fabuleuse association

La Cuisinière Aux Deux Mains Gauches a pensé à ses quelques fidèles lecteurs en dégustant ses chocolats coulants au citron vert et elle s'est dit que c'était une recette d'utilité publique : simple, pas chère et bonne pour le moral ! La recette originelle est (clic !), la Cuisinière Aux Deux Mains Gauches s'est contentée de l'agrémenter de citron vert qui ajoute une petite pointe de fraîcheur et d'originalité à ces crèmes irrésistibles.
Voilà comment avec quelques ingrédients simples
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on réalise de petits miracles !
Pour 4 ramequins de taille moyenne.
Beurrer l'intérieur des ramequins et les placer 5 minutes au réfrigérateur. Saupoudrer l'intérieur de farine et faire tourner pour bien répartir sur les côtés. Vider l'excédent de farine.
Prélever le zeste d'un citron vert et le hacher très finement. Réserver.
Faire fondre 70 grammes de chocolat noir au bain-marie. Retirer du feu et ajouter 60 grammes de beurre coupé en petits dés. Mélanger jusqu'à obtenir une crème lisse.
Dans une jatte, casser deux œufs et les mélanger avec un batteur électrique à 80 grammes de sucre jusqu'à obtenir un mélange mousseux. Y verser la crème au chocolat et mélanger. Ajouter 30 grammes de farine puis bien mélanger. Parfumer d'une partie des zestes de citron vert (la quantité dépend de votre goût ! Personnellement, j'en ai mis la moitié) et répartir dans les ramequins (la prochaine fois, j'essayerai avec le jus du citron vert plutôt qu'avec les zestes). Réserver au réfrigérateur une heure au moins.
Préchauffer le four à 210 °. Décorer les ramequins d'un peu de poudre de zeste de citron vert et enfourner 10 minutes. Déguster immédiatement ! L'extérieur est ferme
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et l'intérieur est plus que fondant ...
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mercredi 4 mars 2009

De la couleur dans les yaourts

Pour contrer la grisaille qui n'en finit plus, la Cuisinière Aux Deux Mains Gauches a mis de la couleur dans ses yaourts en imaginant deux nouvelles saveurs : les yaourts à la violette et les yaourts à la menthe !
Pour 4 yaourts à la violette.
Faire chauffer 45 cl de lait entier et y laisser fondre 10 bonbons à la violette. Remuer régulièrement pour que ça ne colle pas au fond de la casserole ! Porter à ébullition puis laisser refroidir. Dans un saladier, fouetter un demi-pot de fromage blanc (50 grammes) avec deux cuillères à soupe de lait en poudre. Verser le lait à la violette refroidi. Colorer de 9 gouttes de colorant alimentaire rouge et de 6 gouttes de colorant alimentaire bleu. Remplir 4 pots et laisser incuber 9 heures. Réfrigérer 4 heures avant de déguster. La saveur est très douce !
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Pour 4 yaourts à la menthe.
Faire chauffer 45 cl de lait entier et y laisser infuser une quinzaine de feuilles de menthe fraîche. Ajouter 6 cuillères à café de sucre roux. Porter à ébullition et laisser refroidir en laissant les feuilles de menthe dans le lait. Dans un saladier, fouetter un demi-pot de fromage blanc (50 grammes) avec deux cuillères à soupe de lait en poudre. Verser le lait à la menthe. De crainte qu'on ne sente pas assez la menthe, j'avais laissé quelques feuilles dans le lait mais la prochaine fois je les retirerai toutes avant de le mélanger au fromage blanc. Bien mélanger. Colorer de 5 gouttes de colorant alimentaire jaune et de 3 gouttes de colorant alimentaire bleu. Verser dans les pots et laisser incuber 9 heures. Réfrigérer 4 heures avant de goûter. C'est frais et léger !
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Opéra muet de Sylvie GERMAIN

"(...) ce mur était son rempart contre la ville, contre la foule, et ce visage était son horizon. C'est que les larmes qui sourdaient de ce rêve étaient les siennes - purifiées, magnifiées. Toutes les larmes enlisées dans son cœur, et qu'il n'avait pas su verser. C'est qu'il avait déposé derrière cette face muette la lancinante rumeur du désir que son corps et son sang d'homme minime ne pouvaient plus depuis longtemps contenir et endurer. C'est que ce grand visage mural était un suaire dont le sourire masquait la fadeur de ses jours, le vide de ses nuits."

752766Il est des romans qu'on ne peut résumer sans les trahir, sans les abîmer et Opéra muet est de ceux-là ... Gabriel est un homme d'images, un homme de visions : photographe, il mène une vie solitaire à l'ombre du portrait du Docteur Pierre qui orne le mur de l'immeuble d'en face et est devenu son compagnon. La démolition de cet immeuble entraîne l'effondrement du mur métaphorique que Gabriel s'est construit et qui le protège aussi bien de l'extérieur que de lui-même, de son passé, de ses émotions. La perte du Docteur Pierre réveille en lui d'autres pertes dont il n'a su réellement faire le deuil, celle de sa grand-mère, celle d'Agathe qui reviennent alors le hanter comme des fantômes qui n'attendaient qu'une occasion pour se manifester. Paradoxalement, la démolition de ce mur l'ouvre aux autres car elle lui fait découvrir ses voisins d'en face qu'il se met à observer la nuit, en cachette ; lors d'une de ses errances, elle lui fait également rencontrer une étrange femme, elle-même en quête de son passé ; mais plus il s'intéresse aux autres, plus il se retrouve pour se perdre à nouveau en lui-même, jusqu'à disparaître à son tour, de manière très singulière.

C'est un récit très poétique, presqu'onirique. Les pensées, les rêves éveillés, les cauchemars de Gabriel se confondent parfois tant ils sont finalement l'expression d'un même égarement. L'écriture de Sylvie Germain est magnifique et malgré la brièveté de son récit je l'ai lu très lentement, dégustant chaque phrase, revenant souvent en arrière. Ce style participe d'ailleurs à l'atmosphère fantasmagorique du récit.
germainSylvie Germain a raconté que le soir même de la soutenance de sa thèse, désemparée de ne plus avoir de prétexte pour écrire, elle s'est mise à composer des nouvelles et des récits pour enfants. Quand on lit Opéra muet, on sent précisément ce besoin viscéral de l'écriture et c'est sans doute ce qui fait que le lecteur a le sentiment que cette écriture vient de si loin, du plus profond d'un être.

Un récit poétique !

mardi 3 mars 2009

Variation sur le saumon # 3


Pour ce dernier volet, la Cuisinière Aux Deux Mains Gauches s'est inspirée de la recette conseillée sur l'emballage des saumons mais en la cuisinant à sa manière et elle vous propose des papillotes de saumon aux épices.
Pour deux personnes. Dans une assiette creuse, mélanger deux cuillères à soupe de cannelle avec deux cuillères à soupe de muscade. Y déposer deux pavés de saumon et bien les rouler dans les épices. Dans un plat allant au four, préparer deux grands morceaux d'aluminium. Déposer chaque pavé de saumon dans un morceau d'aluminium. Arroser d'un filet d'huile de colza. Si nécessaire, ajouter un peu de cannelle et de muscade sur les pavés.
Laver, épépiner et couper en lamelles un petit poivron jaune. Déposer quelques lamelles de poivron sur chaque pavé de saumon. Refermer l'aluminium et enfourner à 180° durant 30 à 35 minutes. Le temps de cuisson dépend de l'épaisseur des pavés de saumon !
Déguster : c'est surprenant mais délicieux ! Servi ici avec du brocoli et du riz cuits à la vapeur tout simplement.

Le grain de sel de la Demoiselle # 2

9782877675567FSDix petits poussins, écrit par Christine Naumann-Villemin, illustré par Elsa Oriol et publié aux éditions Kaléidoscope a été offert à la Demoiselle à l'occasion de la naissance de sa petite sœur mais ce n'est que maintenant qu'elle commence à comprendre ce livre et à l'apprécier.

C'est l'histoire de dix petits poussins tout juste nés et encore tout serrés contre leur maman poule. Comme ils sont nombreux, ils se sentent à l'étroit et peu à peu les plus forts excluent les plus faibles sous divers prétextes : trop gros, trop petit, trop fille, trop frisé ... Ainsi, de 10 ils passent à 9, puis 8, puis 7 ... Celui qui reste le dernier se retrouve soudain bien seul et s'ennuie. Sa maman lui propose alors de rejoindre ses frères et sœurs à la mare et ils se retrouvent tous, heureux d'être finalement réunis.


Cette jolie fable sur la jalousie, l'exclusion et le sens de la famille est très P1110222 poétique : rimes et rythme des phrases rendent le texte musical. Le vocabulaire choisit oscille entre émotion et humour. Les illustrations sont à la fois douces et épurées. L'histoire est construite sur un schéma répétitif qui séduit les enfants et leur permet de mémoriser facilement le récit. Les motifs d'exclusion des poussins sont autant de thèmes à aborder avec l'enfant pour lui expliquer la différence et la tolérance.

Un livre très riche !

dimanche 1 mars 2009

Variation sur le saumon # 2


Deuxième volet avec des pavés de saumon au lait de coco et au curry : simplissime et très parfumé !
Pour deux personnes. Émincer deux petits oignons nouveaux et les faire suer dans de l'huile de colza. Détailler deux pavés de saumon en dés puis les mettre à cuire dans la poêle durant quelques minutes. Saler, poivrer et saupoudrer de curry. Laisser cuire puis arroser de 4 à 5 cuillères à soupe de lait de coco. Bien mélanger et servir très chaud.