mardi 15 septembre 2009

La Vigie et autres nouvelles de Thierry JONQUET

"Il allait mourir. Il l'avait annoncé aux autres, la veille. C'était un de ces jours de janvier, sombre et plat, où les gars se sentaient d'humeur morose et évitaient de parler, comme si le silence permettait de hâter la venue de la nuit."

hommage

Dès l'annonce du décès de Thierry Jonquet à la mi-août, Stephie a eu la belle idée de lui rendre hommage et d'inviter les blogueurs lecteurs à faire de même. Depuis, les semaines ont filé, ma rentrée chaotique m'a empêchée d'écrire ici aussi souvent que je le voulais, mais je n'ai pas pour autant cessé de lire et j'en ai profité, entre autres, pour relire le recueil La Vigie et autres nouvelles, lu il y a 2 ou 3 ans.

la_Vigie En re-découvrant ces 9 nouvelles, j'ai tout de suite retrouvé ce que j'aime dans l'écriture de Thierry Jonquet : cette aptitude à traduire l'âpreté du quotidien sans se départir de cet éternel humour noir, humour qui grince au moins autant que la vie suinte. Malgré des registres variés, ces 9 nouvelles ont en commun de dire la banale noirceur du monde, celle par exemple qui enveloppe l'univers du "Témoin" qui est plongé jusqu'au cou dans une vie qu'il tente vainement de fuir ; celle encore des "Gars du 16" pour qui l'univers concentrationnaire est devenu un simple quotidien ; celle enfin du mystérieux narrateur de "La Bataille des Buttes-Chaumont" qui n'est pas sans rappeler le narrateur de LaBête et la Belle , roman sans doute le plus marquant de Thierry Jonquet ... Comme dans ce roman d'ailleurs, l'art de manipuler le lecteur en le menant sur de fausses pistes lui assure le plaisir de se laisser surprendre par la chute, en particulier dans "Natalya" dont la fin réserve une drôle de surprise, laquelle se teinte néanmoins aussitôt de pathétique.

Même si le réalisme social domine ces nouvelles, place est faite à la fantaisie, voire à un petit vent de folie, dans des nouvelles comme "la Colère d'Adolphe" qui nous transporte aux Enfers où de grands musiciens se retrouvent et attendent le mort suivant en bataillant sur des considérations musicales. tjonquet
C'est sans doute à cause d'un tel mélange de genres, de registres, que la quatrième de couverture qualifie ce recueil de baroque : en effet, variété, incongru, mouvement, pont jeté entre passé, présent mais aussi anticipation du futur caractérisent ces nouvelles. On rit, jaune ; on s'émeut, vraiment.

Des nouvelles âpres et singulières

4 commentaires:

Stephie a dit…

Je te note dans mon récapitulatif. Bisous

Anonyme a dit…

J'ai aimé "La bête et la belle" et je vais rempiler avec "Mygale" (je n'aime pas trop les recueils de nouvelles).

Mariel a dit…

Je suis en plein dans "Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte". Et c'est tout simplement GENIAL !

Eloah, la Cuisinière Aux Deux Mains Gauches a dit…

@ Stephie : merci !

@ Ys : je n'ai pas lu "Mygale" alors j'ai hâte de voir ton billet de lecture.

@ Mariel : ah oui, j'ai aussi beaucoup aimé ce livre-là !