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mercredi 16 juin 2010

Ubu roi d'Alfred JARRY



"Merdre !"

Le tout nouveau défi proposé par Leil m'a donné très envie de fouiner dans ma bibliothèque à la recherche d'une pièce à lire ou relire et, évidemment, je suis ressortie de cette exploration avec toute une pile de pièces de théâtre ! La première que j'ai relue avec bonheur est Ubu Roi d'Alfred Jarry qui est tout de même l'une des pièces les plus fantaisistes que je connaisse !

Lorsque le rideau se lève, Ubu n'est pas du tout roi, tout au contraire : c'est un homme fruste, sans ambition,  que sa femme mène par le bout du nez. C'est elle qui l'incite à fomenter un complot pour détrôner le roi de Pologne et prendre sa place. La provocation et le rire gras dominent mais lorsqu'Ubu devient roi et se révèle être un vrai tyran, le rire se fait grinçant ...

Ubu Roi est une œuvre de jeunesse dont le personnage éponyme a été inspiré à Jarry par son professeur de physique. D'autres pièces suivront et l'ensemble formera un cycle. Evidemment, lors de sa première représentation en 1896, la pièce fait scandale et elle n'est d'ailleurs entrée que très récemment (2009 !) dans le répertoire de la Comédie Française.

Les clins d'œil à de grands dramaturges sont nombreux (Sophocle et Shakespeare pour ne citer qu'eux), les jeux avec le langage rendent le texte savoureux, le mélange des genres et des registres donne une pièce difficilement classable et c'est tant mieux. Ubu est un personnage à la fois enfantin par sa naïveté et effrayant à cause de sa  cruauté  gratuite : il renvoie chaque spectateur à la part la plus sombre de lui-même, à la basse animalité de l'homme. La gravité ne s'installe cependant jamais, tant le grotesque la talonne constamment.
Ubu Roi est un classique extrêmement riche qu'il faut lire absolument ! J'en profite pour intégrer cette lecture au défi de MarieL.

dimanche 25 avril 2010

Sarrasine d'Honoré de BALZAC

"Sans cesse je penserai à cette femme imaginaire en voyant une femme réelle." Il montra la statue par un geste de désespoir. "J'aurai toujours dans le souvenir une harpie céleste qui viendra enfoncer ses griffes dans tous mes sentiments d'homme, et qui signera toutes les autres femmes d'un cachet d'imperfection ! Monstre ! toi qui ne peux donner la vie à rien, tu m'as dépeuplé la terre de toutes les femmes."


balzac_sarrasine Lors d'une soirée chez les Lanty, le narrateur montre un vieillard à son amie Béatrix qui croit voir un spectre tant il est décharné et effrayant. Le lendemain, le narrateur lui raconte l'histoire de cet ancien chanteur lyrique, castrat, connu  alors sous le nom de Zambinella. Lors d'une soirée à l'opéra de Rome, le sculpteur Sarrasine tombe sous l'emprise du charme de la Zambinella et sa passion pour elle ne connaîtra dès lors plus de limite. Le castrat cache d'abord le secret de son sexe et tente d'écarter son soupirant mais finit par lui céder et tout lui avouer, juste avant d'être enlevé par le Cardinal Cicognara, ce qui fera perdre la raison à Sarrasine ...

C'est un récit court mais très dense, intense même, tant le lecteur retient son souffle jusqu'aux derniers mots, touché par tant de passion mêlée de destruction mais aussi fasciné par ce désir trouble pour un être en équilibre entre deux sexes. La sensualité du personnage est aussi étrange qu'évidente.
Sarrasine est un récit sur l'art et la création, sur la musique. balzachead
Pour Balzac, créer ne peut se réaliser pleinement que dans la souffrance et le souffle créateur, souffle de vie s'il en est, est finalement proche du dernier souffle du mourant. La plus grande œuvre de Sarrasine est en effet une sculpture qu'il a faite de l'objet de sa passion mortelle, la Zambinella ...

La découverte de la belle couverture des éditions Allia m'a donné envie de relire cette nouvelle pour la 5è édition du défi defi_classique organisé par MarieL



mardi 30 mars 2010

La Ligue des Rouquins de Conan DOYLE


"Ne m'avez-vous pas entendu dire que les choses les plus étranges et pour ainsi dire uniques étaient très souvent mêlées non à de grands crimes, mais à de petits crimes ? "

Alors que, le dernier jour du mois arrivant, j'étais prête à renoncer à ma participation au défi defi_classiquede MarieL, j'ai pris un réel plaisir à cette petite lecture impromptue qui me permet d'honorer ce défi in extremis !
Justifier
ligue_des_rouquins
La Ligue des rouquins m'est littéralement tombée dans les mains ... ou plutôt sous les fesses puisque le livre avait été oublié sur un fauteuil de mon lieu de travail et qu'il m'a bien occupée durant mon attente de RDV annulés. En outre, ce titre ne pouvait qu'attirer mon regard puisque depuis la naissance d'une MiniRikiki à la tête orange, je suis trèèèès sensible à la cause des roux :-) ! Trêve de bavardages, et le récit dans tout ça ?
Eh bien, c'est du Conan Doyle : bref, simple, toujours construit selon le même schéma mais terriblement efficace. Quand un homme à la chevelure flamboyante vient raconter sa mésaventure à Sherlock Holmes, ce dernier est aussitôt fort intéressé alors que la narrateur, le fidèle Watson, reste aussi perplexe que le lecteur : pourquoi cet homme a-t-il été engagé pour la couleur de ses cheveux avec pour seule mission de ... recopier le dictionnaire ? et pourquoi cet emploi a-t-il subitement cessé alors qu'il terminait à peine les mots en "A" ? Sherlock Holmes garde jusqu'au bout le mystère de sa réflexion mais ses déductions déroulent le fil de l'intrigue et tout devient alors limpide ... conan_doyleWatson et le lecteur sont bluffés !
Comme dans chaque épisode, on peut voir en Sherlock un double de Conan Doyle qui des situations les plus farfelues tire une explication simple, logique, évidente, et, surtout ménage le suspens de main de maître, pour le plus grand plaisir du lecteur !

Une petite lecture qui se déguste comme une bonne pâtisserie : pas vraiment de surprise mais un plaisir simple !


vendredi 26 février 2010

24 heures dans la vie d'une femme de Stefan ZWEIG

"Pour quelqu'un qui comme moi avait, la nuit passée, vécu des événements si inattendus, précipités comme une cataracte, le mot "impossible" avait perdu brusquement son sens. Dans ces dix heures, l'expérience que j'avais acquise de la réalité était infiniment plus grande que celle que m'avait procurée précédemment quarante ans de vie respectable."

Ce mois-ci, ma participation au défi defi_classiqueest l'occasion d'une lecture commune lecture_commune avec MarieL, l'organisatrice elle-même de ce chouette défi. 24heures dans la vie d'une femme de Stefan ZWEIG figurant par ailleurs dans ma PAL, celle-ci descend d'un cran par la même occasion objectif_PAL 3/50.

24hviedunefemme1904, dans une pension de la Riviera. La clientèle bourgeoise, habituellement si mesurée, qui séjourne là est en prise à de vives discussions : Madame Henriette, femme pourtant bien née, s'est enfuie avec un jeune homme qui n'a passé là qu'une journée ! Alors que les pensionnaires sont scandalisés, une vieille dame anglaise, Mrs C. s'intéresse de près à cette aventure et finit par confier au narrateur qu'elle lui rappelle de biens vieux souvenirs ... Vingt ans plus tôt, récemment veuve, elle s'était rendue à Monte-Carlo où elle aimait observer les mains des joueurs. Un soir, elle est fascinée par de magnifiques mains et découvre un beau jeune homme qui semble désespéré d'avoir perdu tout son argent au jeu. Persuadée qu'il est au bord du suicide, elle se prend d'affection pour lui et décide de l'aider, toute remuée de sentir battre son cœur pour la première fois depuis la mort de son mari ...

Même si je n'ai pas été captivée par ce court récit un peu désuet, je ne suis pas restée insensible aux vives émotions éprouvées par cette femme, que ce soit lors de la rencontre de ce joueur désespéré ou, des années plus tard, confiant son secret à un inconnu en craignant toujours le jugement des autres. zweigJ'ai aimé la peinture des sentiments mais aussi les descriptions, notamment celle des mains des joueurs du casino. La plume de Zweig, ciselée, précise, tendue vers une issue que le lecteur est pressé de découvrir fait tout le charme de ce récit. L'enchâssement, enfin, qui place en miroir la fuite amoureuse de Madame Henriette et l'escapade de Mrs C vingt ans plus tôt, ouvre vers l'a-temporel, l'universel ; la passion amoureuse conduit les femmes vers la liberté, quelle que soit la pression sociale qui pèse sur leurs épaules.
Allez vite lire le billet de MarieL !

Un récit qui donne des ailes

dimanche 24 janvier 2010

Anna, Soror ... de Marguerite YOURCENAR

"Il ne voulait pas se redresser ; il se redressa et s'assit. (...) Il posa les pieds sur les dalles, et, très doucement, se leva. D'instinct, il retenait son souffle. Il ne voulait pas l'effrayer ; il ne voulait pas qu'elle sût qu'il écoutait. Il craignait qu'elle prît la fuite, et davantage qu'elle restât. Le plancher, de l'autre côté du seuil, craquait un peu sous deux pieds nus. Il s'approcha de la porte, sans bruit, avec de nombreux temps d'arrêt, et finit par s'appuyer au battant. Il sentit qu'elle s'y appuyait aussi ; le tremblement de leurs deux corps se communiquait aux boiseries."

Pour ma deuxième participation au défi defi_classiqueorganisé par Marie L, j'ai choisi un court roman d'un immense auteur (à vous je peux le confesser : la Mini Rikiki a failli s'appeler Marguerite, en hommage à ...) : Anna, soror ... a été composé en 1925 par Marguerite 1923marguerite_yourcenar_400 pas encore Yourcenar, 22 ans, à l'occasion d'un séjour à Naples. L'œuvre a été quelque peu remaniée par l'auteur ensuite et l'édition Folio propose une passionnante postface dans laquelle elle parle de la composition de ce récit.

anna_soror_couvAnna et Miguel sont frère et sœur. Leur père, Don Alvare, est gouverneur espagnol à Naples occupée : cette délicate position, en pleine Inquisition, à la fin du XVIè siècle, leur impose une vie de reclus dans le fort saint-Elme qu'ils habitent. Leur mère, Donna Valentine, est une femme douce mais austère qui nourrit ses enfants de Cicéron et de Sénèque. Lorsqu'elle meurt soudain, ils sont à la fin de l'adolescence et ils prennent peu à peu conscience que l'amour qui les unit n'est pas que fraternel. Ils vont alors lutter contre leurs pulsions tout autant qu'ils vont refuser d'y renoncer totalement, préférant renoncer à la vie et au bonheur plutôt qu'à leur passion.

Je pense qu'il faut avoir déjà lu et aimé d'autres œuvres de Marguerite Yourcenar pour savourer pleinement celle-ci. En effet, le style peut en sembler froid alors qu'en réalité il est léger, presqu'éthéré. La concrétisation de l'amour entre Anna et Miguel n'est jamais vraiment formulée ; leurs parents eux-mêmes l'abordent de manière si sibylline qu'Anna ni Miguel n'est sûr(e) d'avoir bien compris s'ils savent ou pas ; en outre, l'essentiel du récit se concentre sur l'avant et sur l'après. C'est donc, en un sens, à l'écriture d'un silence que s'est livrée Yourcenar, ce qui explique ce style si épuré qui écrit l'indicible.
Anna, soror ... est une tragédie : on assiste à la montée inéluctable du désir jusqu'à la transgression, inévitable et irréversible. Le poids de la religion, la pression familiale, le statut social enferment les personnages dans une coupable, voire mortelle, solitude.
Anna, soror ... tient aussi du conte car, peu avant la mort de Donna Valentine et l'acceptation par Anna et Miguel du caractère incestueux de leur amour, ce dernier est mordu par une vipère et rencontre une charmeuse de serpents qui tient plus du merveilleux que de la réalité, comme s'il avait été ensorcelé.
Anna, soror ... est enfin la chronique d'une période complexe de l'histoire européenne.

C'est donc un roman bref mais fort, difficilement classable, une histoire d'amour à la vie à la mort vieille comme le monde, peut-être, mais rare par tant d'émotion puissante alors qu'à peine esquissée, par tant de douleur âpre, par tant de violence intérieure.

Dire que j'avais ce livre depuis des années sans l'avoir ouvert !


Le roman tragique d'un amour interdit

lundi 28 décembre 2009

Le Voyageur sans bagage de Jean ANOUILH

"Voyez-vous, pour un homme sans mémoire, un passé tout entier, c'est trop lourd à endosser en une seule fois."

Le choix du titre qui constitue ma première participation au défi defi_classiqueorganisé par Marie L m'a été soufflé par Rafafa : en effet sa note sur cette pièce de théâtre m'a rappelé que ce livre était dans ma PAL depuis très longtemps car j'avais adoré l'adaptation télévisée qui en a été proposée par Pierre Boutron en 2004 avec Jacques Gamblin dans le rôle titre mire_voyageur. J'ai donc fait d'une pierre deux coups en remplissant également mon objectif_PAL quelque peu délaissé ces derniers temps.

le_voyageur_sans_bagage_couvLe Voyageur sans bagage est une pièce de théâtre écrite par Jean Anouilh en 1936. En 5 tableaux, Anouilh dresse le portrait d'un homme que la grande guerre a rendu amnésique et qu'en l'absence d'identité on a baptisé Gaston. L'homme est réclamé par plusieurs familles qui croient avoir reconnu en lui un fils, un frère, un mari disparu ... mais aussi parfois appâtées par la petite richesse constituée par une pension qui lui est versée chaque mois. Gaston est ainsi présenté à la famille Renaud qui tente par tous les moyens de lui faire recouvrer la mémoire mais qui lui présente de lui le portrait d'un enfant puis d'une jeune homme si détestable, qu'il préfère nier être celui que cette famille attend et finir par s'en choisir une autre.

Cette pièce est aussi émouvante que troublante. En effet, au début, on éprouve forcément autant d'empathie pour cet homme devenu sans passé que pour cette famille si impatiente de anouilhretrouver celui qui lui manque. Cependant, plus la pièce avance, plus les caractères se révèlent, plus on s'identifie à cet homme qui refuse de reconnaître celui qu'il a été, qui refuse de reprendre sa place au sein de cette bourgeoisie hypocrite et qui préfère la fuite, faisant ainsi de l'amnésie, et si l'on pousse le raisonnement un peu plus loin, de la Grande Guerre, la chance de toute une vie : celle de renaître, celle de devenir un homme neuf.

J'aime lire et surtout voir jouer du théâtre mais pour la première fois j'ai regretté le choix de ce genre littéraire : je trouve que ce sujet se prêterait mieux à l'écriture romanesque car le lecteur reste un peu sur sa faim, les émotions des personnages étant, de fait, à peine esquissées, leurs pensées ne pouvant qu'être imaginées. J'ai toutefois beaucoup aimé cette lecture qui invite à s'interroger sur le poids du passé, sur celui de la famille, mais avant tout sur ce qui constitue une identité.

L'histoire d'un homme qui, à force de courir après son passé, préfère le dépasser ...

mercredi 4 novembre 2009

Nouveaux défis !

Voilà ce que c'est ... je passe mes journées à courir après le temps (et mes nuits aussi, si si ! il n'y a qu'à voir à quelle heure je publie ce billet) et pour autant je ne résiste pas bien longtemps à certaines tentations réputées chronophages. Me voici ainsi inscrite à DEUX nouveaux challenges ET à un nouveau swap en même temps ! Tsss tsss ... ce n'est guère sérieux, mais qu'est-ce que ça fait plaisir !

J'ai hésité trois secondes avant de m'inscrire au challenge defi_classiqueproposé par Marie sur son blog (clic !) : 1 seconde pour me demander si je vais pouvoir tenir les délais, 1 seconde pour en douter mais me dire que le challenge est très tentant, 1 seconde pour décréter que m'inscrire c'est m'engager donc me forcer à tenir ces fichus délais (vous aurez compris qu'en général, les délais et moi ne sommes pas très amis) ! Il s'agit, entre décembre 2009 et décembre 2010, de (re)lire un classique chaque mois et d'en faire une note la dernière semaine dudit mois. Ca tombe très bien car le livre prêté (clic !) par ma copine Capp (clic !) m'invite justement à d'abord relire l'un des plus fameux classiques qui soit, ce qui m'a donné envie d'en lire et relire bien d'autres ! J'ai déjà hâte de commencer !

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Avant de m'inscrire au swap swap_cap_sur_No_l organisé par Stephie (clic !) et Pimprenelle (clic !), je n'ai hésité cette fois que 2 secondes : une pour me dire "chaud et doux ??" :-), une autre pour me dire "chouette chouette chouette !" et me voilà embarquée dans cette aventure, moi qui la veille à peine pestait contre l'installation bien précoce des décos de Noël dans certains magasins et même certains centres-villes. Oui mais là, ça n'a RIEN à voir et quelques idées commencent à se dessiner dans ma petite tête. Là aussi, j'ai hâte de passer aux choses sérieuses !

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Enfin, le challenge coeur_vs3 de Théoma (clic !) me tendait les bras : comment résister à la lecture d'au moins deux livres coups de cœurs des blogueurs ? Je lis tant de billets qui me donnent envie de découvrir de nouveaux livres sur les blogs de lecteurs que c'est l'occasion de sauter le pas pour de bon ! Et puis, des coups de cœurs, ça ne se refuse pas !